Une initiative pour Ghardaïa mais avec quels interlocuteurs ?

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 30 décembre 2013

La reprise à Ghardaïa d'affrontements intercommunautaires pendant plusieurs jours démontre comme l'a justement estimé la secrétaire générale du PT, Louiza Hanoune, «l'inanité» des mesures ponctuelles de replâtrage et d'apaisement auxquelles ont eu recours les autorités pour ramener le calme lors des précédentes flambées de violence de même nature ayant secoué cette ville et d'autres de la région ces dernières années.

Les événements que vient de vivre Ghardaïa sont la preuve que les causes qui en sont à l'origine n'ont pas été réglées par le «dialogue» que l'Etat a engagé avec les «notables» de la région à chaque fois qu'il a été confronté à une situation du même type. C'est pourtant la même démarche que privilégie cette fois encore le gouvernement dont le Premier ministre serait, selon Abdelkader Messahel qui l'a révélé samedi, «en contact quotidien avec les notables» suite à quoi il «annoncera prochainement une initiative» censée ramener le retour définitif du calme dans cette région.

Qu'il nous soit permis de douter du qualificatif de «notables» accolé aux interlocuteurs locaux de Abdelmalek Sellal. Si ces derniers ont réellement de l'influence auprès de la population que n'ont-ils anticipé la flambée de violence et surtout pourquoi son regain après leurs interventions dans le passé, dont il a été dit qu'elles auraient contribué à ramener la paix entre les communautés de la région et rendu apaisée leur cohabitation. Sellal dont la volonté de se rapprocher des citoyens pour être à l'écoute de leurs problèmes et doléances n'est pas en doute, se trompe d'auditeurs et interlocuteurs quand il pratique cet exercice. Les «notables» que lui sélectionnent à l'occasion les autorités locales ne sont en fait pour la plupart que les obligés de celles-ci. Ce n'est pas par eux que l'Etat aurait les yeux ouverts sur les bombes à retardement qui à travers le pays sont prêtes à exploser. L'alliance et la connivence entre eux et les administrations locales en est justement une.

Les pseudo-«notables» que l'on convie à parler au nom de leurs concitoyens tiennent des discours à la carte selon qu'ils s'adressent à ces derniers ou au Premier ministre et à toute autre autorité de l'Etat. Attisant la contestation et le mécontentement des premiers et mielleusement approbateurs pour les seconds. Ils se prévalent d'une «médiation» qu'ils abandonnent aussitôt que la situation prend mauvaise tournure.

L'Etat en est réduit à ce genre d'intermédiaires parce qu'il a étouffé toute forme de représentations en lesquelles les populations se reconnaîtraient parce qu'il se sait aussi en rupture de confiance avec celles-ci du fait d'administrations locales qui par leur façon de gérer les affaires publiques et les comportements à l'égard des citoyens de leurs responsables et agents ont jeté le discrédit populaire sur lui. Tant qu'il persistera dans cette conception pour ses rapports aux citoyens, l'Etat ne pourra pas anticiper les explosions de colère populaire et encore moins être à l'écoute réelle des populations. Une initiative pour Ghardaïa engagée en tablant sur cette conception ne fera au mieux qu'apporter un apaisement momentané, sans éteindre les feux qui continueront à couver pour redémarrer au moindre incident.

 
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