Sit-in et affrontements à Ghardaïa

El Watan, 25 mai 2015

Les détonations de grenades lacrymogènes se faisaient entendre du centre ville. La circulation a été fermée à nouveau sur toute l’avenue du 1er Novembre et sur le boulevard longeant l’Oued, au bas de Mélika.

« Jusqu'à quand allons-nous encore supporter cette vie de chiens. Nous n’avons ni vie de famille et encore moins celle de citoyen de ce pays », hurle un homme, les yeux gonflés par manque de sommeil, le visage bouffé par une barbe de plusieurs jours. « Nous sommes abandonnés à notre triste sort. Personne n’entend nos cris de détresse, cela fait plus de trois mois que nous sommes complètent encerclés et réduits à la famine dans cette enclave qu’est la cité El Korti, construite dans les années 90 en plein milieu d’un quartier Mozabite. Vous la presse, vous êtes notre seule espoir de faire parvenir notre cri de désespoir en haut lieu», c’est par cette complainte sortie du fond de ses tripes que nous reçoit l’un, parmi les dizaines de protestataires qui ont battus le pavé lundi devant les grilles de la wilaya.

« Savez vous que nos enfants n’ont pas eu cours depuis plus dune semaine, que ce soit au primaire, au moyen ou le lycée, alors que pour les filles n’en rêvons même pas tellement c’est dangereux pour elles de mettre le nez dehors. Aucun parent ne prendra le risque d’envoyer sa fille étudier par ces temps d’insécurité et d’incertitudes » ajoutant « nous ne savons même pas ce qui attend les candidats au BEM et au BAC. »

Sur ce, deux jeunes nous abordent pour nous demander d’intercéder en leur faveur auprès des responsables de l’académie de Ghardaïa « s’il vous plait, essayez de leur faire comprendre qu’il nous est impossible dans l’état psychologique dans lequel on vit de concourir au bac. Nous vivons la peur au ventre d’être massacrés pendant notre sommeil, ce qui fait que l’on passe des nuits blanches à monter la garde pour protéger nos familles et nos maisons. On veut absolument nous pousser à quitter nos demeures et ainsi s’approprier ce bout de territoire qui reste comme une verrue au milieu de leurs quartiers Mozabites ».

Un autre ajoute : « nous sommes prisonniers dans ce quartier vers lequel aucun véhicule ni bus ne se rend. Aucun transport privé n’est plus assuré depuis le début des affrontements inter communautaires en décembre 2013, les seuls bus qui s’y aventurent à leurs risques et périls sont ceux de l’entreprise publique de transport de Ghardaïa. Deux navettes sur trois sont attaquées et caillassées. Ce qui pousse le directeur de cette entreprise à menacer carrément d’arrêter la circulation de ses bus sur ce tronçon. Si d’aventure, il y aurait quelqu’un qui tenterait de forcer le blocus, il verrait dans le meilleur des cas ses vitres voler en éclats et au pire se faire blesser par les pierres et projectiles en tous genres qui fuseront de partout ». Il y a lieu des souligner que ce quartier n’est approvisionné qu’aléatoirement en fruits et en légumes et quelquefois en produits de large consommation par un commerçant étranger à la région et ce au péril de sa vie. Tous les autres magasins de la cité sont fermés faute d’approvisionnement. Le pain est introuvable et les médicaments ne sont ramenés que par des bienfaiteurs, qui avant de s’amener dans ce rectangle arabe, se font protéger par des éléments de la police ou de la gendarmerie qui se chargent de les amener et de les ramener à bon port, « sains et saufs ».

Affrontements à Theniet El Makhzen

Encore une fois, et malgré que le sit-in était pacifique et sans gêne ni pour la circulation automobile ni pour les passants, il y a lieu de dénoncer l’extrême excès de zèle d’un commissaire de police qui ne cessait de provoquer les jeunes protestataires qui ne voulaient que faire entendre leur voix aux responsables de la wilaya auxquels ils demandaient une urgente intervention pour desserrer l’étau sur leur quartier « je vous donne 5 minutes pour déguerpir. Je ne veux plus vous voir dans le coin. Si vous ne comprenez pas comme ça, il y d’autres moyens pour vous le faire comprendre ».
Indigne d’un officier censé faire respecter l’ordre et la loi et non créer le désordre et enfreindre la loi. Ce qui a failli mettre le feu aux poudres n’était l’intervention ferme et énergique des adultes et des sages qui ont réussi à calmer les jeunes.

A souligner que pour calmer la colère des protestataires, une délégation de 6 habitants de la cité El Korti a été admise à l’intérieur du siège de la wilaya et a été reçue, pendant 45 minutes, par Ali Boulatika, le secrétaire général de la wilaya. A sa sortie, les membres de la délégation ont informés les protestataires que le SG de la wilaya leur a promis de régler le problème avant le soir, le cas échéant, il leur aurait, selon eux, dit « de faire ce que vous voulez. » non convaincus et fâchés que ce ne soit pas le wali qui ait reçus « leurs envoyés », les protestataires se sont alors repliés vers le carrefour du Dr Merghoub qu’ils ont fermés à la circulation pendant près de deux heures, avant qu’un émissaire de la wilaya vient les informer qu’ils sont attendus pour être reçus par le wali.

Sans aucun incident, ni casse n’a été constaté et les jeunes ont rouvert la circulation mais entre temps la situation a dégénérée un peu plus bas, en plein cœur de Theniet El Makhzen. Les détonations de grenades lacrymogènes se faisaient entendre du centre ville. La circulation a été fermée à nouveau sur toute l’avenue du 1er Novembre et sur le boulevard longeant l’Oued au bas de Mélika. Les affrontements entre jeunes de ce quartier et les forces de police anti meutes se sont alors propagés et déplacés jusqu'au niveau du Café des Amis qui se trouve au milieu de cette avenue. Jusqu’aux environs de 15 heures, rien n’a filtré sur la rencontre entre la délégation et le wali, si vraiment le wali les ait reçus, ni sur le contenu des discussions.

La tension reste palpable dans certains quartiers même si, il faut le dire, les forces de sécurité sont déployées en nombre dans tous endroits chauds. Mais est ce suffisant lorsqu’on sait qu’un seul geste ou mot déplacé d’un côté comme d’un autre peur entraîner la ville dans l’abysse de la violence. Ce que personne à Ghardaïa ne souhaite et bien au contraire espère vivre en paix et en harmonie avec toutes les composantes de cette belle vallée.

Aux autorités de prendre leurs responsabilités et de faire en sorte de faire respecter la loi par tous les citoyens et les éléments des corps constitués déployés sur place. C’est ce genre de petits et regrettables incidents qui, s’ils ne sont pas circonscrits rapidement et réprouvés par les deux communautés, peuvent à tout moment rallumer le brasier dont personne n’en veut, sachant d’avance les désastreuses conséquences qui en découleront.

Aux autorités, aux parents et aux associations de jouer leur rôle pour endiguer le fléau de la violence en commençant d’abord par retenir nos enfants, en leur inculquant le respect de l’autre et ensuite de faire respecter la loi en tout lieu et en toute circonstance. C’est le SMIG d’une bonne gestion de la cité et du respect tout court.

K.Nazim

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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