Ghardaïa : Hocine Oudjana, un mort de trop replonge Ghardaia dans les hostilités

El Watan, 11 juillet 2014

Il avait 41 ans, père de 5 enfants, soudeur de profession, sa vie s’est arrêtée tragiquement jeudi matin au détour d’un virage dans le quartier arabe de Aïn Lebeau, entre Châabet Ennichène et Souk Lahtab.

Il avait 41 ans, père de 5 enfants, soudeur de profession, sa vie s’est arrêtée tragiquement jeudi matin au détour d’un virage dans le quartier arabe de Aïn Lebeau, entre Châabet Ennichène et Souk Lahtab. Hocine Oudjana qui circulait très tôt le matin à moto a été retrouvé affalé sur l'asphalte , la tète complètement ensanglantée, gisant dans une mare de sang.

Rapidement évacué par la protection civile vers les urgences médico chirurgicales de l’hopital du Dr Brahim Tirichine de Sidi Abbaz, les médecins ne purent que constater le décès. Sitôt la nouvelle connue, la communauté Mozabite a criée à l’assassinat accusant les services de sécurité d’inertie et parfois même de collusion avec les assassins.

Deux versions s’affrontent quant aux causes de ce décès. La première l’attribue à un banal accident de la circulation lors duquel, la victime, en chutant et sans casque de protection, aurait violemment heurté sa tète contre un camion en stationnement, ce qui lui aurait causé un traumatisme crânien irréversible. La seconde version soutient mordicus qu’il aurait été assassiné avant que le drame ne soit maquillé en accident, c’est quand même le troisième décès en moins de 10 jours impliquant un motocycliste.

Ce nouveau décès a été le détonateur d’une nouvelle flambée de violence dans la commune de Ghardaïa, dont les plus violents se sont déroulés dans les quartiers de Souk Lahtab, Aïn Lebeau et Salem Ouaïssa. Avant cela, les habitants de la cité El Korti, enclavée et complètement encerclée depuis le début des événements en décembre 2013 se sont révoltés contre les forces de l’ordre leur reprochant de ne pas être impartiaux dans le traitement de la crise, se disant complètement abandonnés.

Le quartier de Châabet Ennichène s’est alors réveillé avec des rassemblements de jeunes des deux communautés qui se faisaient face tout près du commissariat du quartier et de la prison éponyme, coupant la route à la circulation automobile par des pneus enflammés sur la chaussée, prêts à la confrontation.

Un impressionnant déploiement des forces anti émeutes de la police, dont les éléments sont stationnés depuis le début des évènements dans la salle omni sport du quartier, qui se sont positionnés entre les deux parties de ce quartier coupé en deux par la route , chaque côté étant à dominante démographique , l’un arabe et l’autre mozabite, a évité le pire en s’interposant, avec énergie à coups de grenades lacrymogènes tirées à profusion et sans retenue, à tout contact entre les deux camps.

Juste un peu plus bas vers le centre ville, le quartier de Ain Lebeau où est décédé Oudjana Hocine était en proie à de violents affrontements entre les jeunes Mozabites du quartier de Baba Sâad , prolongement de Souk Lahtab , lesquels malgré l’impressionnant dispositif déployé par les éléments anti émeutes de la gendarmerie nationale sont parvenus à s’en approcher pour en découdre avec les jeunes de ce quartier.

Un véritable champ de bataille en est advenu avec les rues et ruelles ainsi que la place Colonel Lotfi jonchée de pneus enflammés, de gravats , de pierres et de toutes sortes d’objets hétéroclites ainsi que des centaines de douilles de grenades lacrymogènes tirées pour éloigner et contenir chaque camp dans son quartier.

Deux hélicoptères, l’un appartenant au corps de la gendarmerie nationale, l’autre à la sûreté nationale, ne cessaient de tournoyer dans le ciel au dessus des zones de violences, alors que des colonnes de fumées blanches provenant des tirs de lacrymogènes montaient vers le ciel sous une chaleur torride avoisinant les 48 degrés Celsius.

Plus bas, le long de l’Oued Mzab, derrière la gare SNTV, le quartier Mozabite de Salem Ouaïssa, contigu au cimetière Aâmi Saïd dont, on s’en souvient le mausolée a été profané au début des évènements, était en ébullition. Des centaines de jeunes se sont rassemblés et s’apprêtaient à traverser le lit de l’Oued pour se rendre dans le quartier arabe de Aïn Lebeau prêt à l’affrontement. Ils ont été énergiquement repoussés par les forces anti émeutes de la gendarmerie nationale qui ont dû user de dizaines de tirs de grenades lacrymogènes mais aussi et surtout pour la 1ère fois, semble t il, selon certains témoins, du tir de deux grenades assourdissantes dont l’explosion impressionnante et l’écho qui s’en dégage donne l’impression d’un dégât à grande échelle alors que , selon des sources sécuritaires, il ne se s’en dégage en fait qu’un violent et strident son difficile à supporter par les tympans, visant à apeurer les émeutiers pour les contraindre à la battre en retraite.

Les violences qui ont durés une bonne partie de la journée se sont déroulés au moment même où le ministre de l’énergie, Youcef Yousfi, était en visite de travail à Ghardaïa dans trois sites éloignés des lieux de violences. D’ailleurs, il ne s’est même pas rendu au chef lieu de wilaya, ni au siège de la wilaya.

Le wali, Abdelhakim Chater l’a juste accueilli vers 9 heures du matin au bas de la passerelle sur le tarmac de l’aéroport Moufdi Zakaria de Noumérat sur la RN 1 vers Ouargla , pour l’accompagner à Oued Nechou, sur le site d’implantation de la nouvelle station pilote solaire, ensuite au quartier de Hay El Djamal où il a procédé à la mise en service du raccordement de 1247 logements au réseau d’alimentation en gaz de ville et enfin emmené vers Metlili à 45 kms au sud de Ghardaïa où il a inspecté les travaux d’avancement de la réalisation d’un poste électrique de 220/60KV avant de revenir directement à l’aéroport et repartir sur Alger .

Entre temps, huit policiers ont été blessés dans les affrontements, mais le plus gravement touché reste ce gendarme qui aurait perdu un œil à Souk Lahtab , blessé par un bout de ferraille propulsé par un lance pierre. Selon le chargé de communication de la sûreté de wilaya de Ghardaïa, Djaber Djâafar, aucune interpellation n’a été opérée et hormis les 8 blessés légèrement atteints qui ont été soignés au niveau de l’hôpital Dr Tirichine de Sidi Abbaz, on ne déplore aucun blessé grave dans les rangs des forces anti émeutes de la police.
K.Nazim

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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