Trois morts et plusieurs blessés

Grave escalade à Ghardaïa

El Watan, 16 mars 2014

Trois citoyens ont été tués, hier, lors de nouveaux affrontements à Ghardaïa, dans des circonstances troubles. La ville, où toute activité reste paralysée, a connu son quatrième jour de heurts.

En proie à de violents affrontements depuis décembre 2013, la vallée de M’zab a franchi un cap dangereux dans la spirale de la violence. Au quatrième jour des hostilités, trois personnes ont été tuées, hier, dans le quartier de Hadj Messaoud, ont indiqué des sources locales sans pour autant préciser dans quelles conditions. Les corps des victimes qui se trouvent dans l’hôpital de la ville n’ont pas encore été identifiés.
«Il règne une confusion totale ; il est difficile de savoir comment ces personnes ont été tuées», a indiqué une source sécuritaire. Des informations rapportent que les trois victimes auraient été touchées par des balles mais sans déterminer l’origine des tirs.
Contactés par nos soins, les services de police de la wilaya de Ghardaïa n’ont ni confirmé ni infirmé l’information. Cependant, une autre source a indiqué, hier en début de soirée, qu’une «instruction ferme» a été donnée aux éléments de la police de ne pas porter d’arme à feu.

Sanglants événements

Cette escalade de violence a plongé la vallée du M’zab dans une situation inquiétante, alors que des affrontements entre bandes organisées et forces de l’ordre se poursuivent dans les quartiers Hadj Messaoud et Mermad.
Ainsi, après les sanglants événements qu’a connus la vallée du M’zab en janvier dernier, qui ont causé la mort de quatre Mozabites et des dizaines de blessés, le ministre de l’Intérieur, Tayeb Belaïz, avait promis de «ramener définitivement la stabilité».

Lors de son déplacement à Ghardaïa le 6 février passé, en compagnie du patron de la Gendarmerie nationale, Ahmed Bousteila, et du directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), Abdelghani Hamel, Belaïz avait affirmé la «détermination de l’Etat à appliquer les lois de la République dans toute leur rigueur contre quiconque portera atteinte à la sécurité de l’individu et de ses biens». Il avait alors annoncé la mise en place d’un «centre opérationnel» de sécurité, cogéré par la Gendarmerie et la Sûreté nationales, dans le but de «rétablir l’ordre et mettre fin aux échauffourées». Le ministre de l’Intérieur, qui avait agi avec beaucoup de retard, avait également assuré qu’il renforcerait le dispositif de sécurité dans la région, quitte à le «multiplier par trois, voire par quatre, pour restaurer définitivement l’ordre et le calme». «Les rues, les quartiers, les communes de la wilaya de Ghardaïa seront sécurisés», avait-il encore affirmé.

Mais force est de constater que la promesse de sécuriser la région n’a pas été tenue et que le déploiement policier mis en place a été curieusement revu à la baisse. Un relâchement qui ne pouvait en aucun cas être justifié alors que les populations locales n’ont eu de cesse de réclamer un renforcement de sécurité.
Plus étonnant, les autorités politiques, au niveau local comme au niveau central, n’ont pris aucune mesure concrète pouvant enrayer durablement les germes de la crise. Loin d’Alger, loin des préoccupations ! Les habitants de la vallée du M’zab, les notables et d’autres personnalités nationales ont pourtant alerté sur les risques qui peuvent découler de ces violences à répétition qui secouent dangereusement la région.

Hacen Ouali


Mohamed Saïd, président du PLJ

«Ce qui se passe à Ghardaïa est l’indice d’un régime affaibli»

Le président du Parti de la justice et de la liberté (PJL), Mohamed Saïd, considère que les événements qui secouent la vallée du M’zab renseignent sur la fragilité de l’Etat et sur la faiblesse du régime en place.

«Ce qui se passe à Ghardaïa n’est pas un chahut de gamins. Il s’agit d’un problème réel que le pouvoir n’a su ni régler ni contenir. Ce qui se passe dans cette ville est un indicateur de la faiblesse de l’Etat», a déploré Mohamed Saïd pour lequel «le pouvoir a échoué car il navigue à vue. Il n’a pas vu venir cette crise». Le président du PLJ demande à l’Etat de traiter les citoyens de cette région sur le même pied d’égalité et de faire barrage à ceux veulent le pourrissement. Il n’exclut d’ailleurs pas l’existence d’un fil conducteur entre ce qui se passe à Ghardaïa, la multiplication des grèves dans plusieurs secteurs et l’élection présidentielle. Mohamed Saïd parle en effet d’un climat politique délétère qui pèse lourdement sur l’avenir du pays. Pour lui, le plus inquiétant, c’est-l’après 17 avril.

«Le changement des hommes à la tête du pays n’est pas notre préoccupation. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si après le 17 avril, l’Algérie peut être guérie de ses maux, notamment la corruption et la bureaucratie», s’interroge Mohamed Saïd, qui tranchera sur la présidentielle aujourd’hui. Une chose est sûre : le PLJ ne soutiendra pas le président sortant, «car Bouteflika prône, dit-il, la continuité du système actuel», alors que le PLJ appelle à un changement pacifique. «Le PLJ à lui seul ne pourra pas opérer le changement tant espéré. Pour atteindre cet objectif, il faut la contribution de tous les courants», estime Mohamed Saïd qui considère le scrutin du 17 avril comme «inédit» et «difficile», en ce sens qu’il intervient dans une conjoncture particulière caractérisée par l’instabilité à nos frontières. Le PLJ s’élève contre les tentatives d’étouffement des voix contestataires. Concernant le retour d’Ahmed Ouyhaia et Abdelaziz Belkadem au pouvoir, il s’agit pour Mohamed Saïd d’une manière de dire qu’il n’y a pas de crise au sommet. 
Nabila Amir


Yousfi, Belaiz et Bousteila effectuent une visite à Ghardaïa

Le Premier ministre par intérim, Youcef Yousfi, s'est déplacé samedi tard dans la soirée à Ghardaïa pour s'enquérir sur place de l'évolution de la situation et prendre des mesures appropriées pour mettre fin aux douloureux évènements que connaît la ville.

M. Yousfi est accompagné dans cette visite du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des collectivités locales, Tayeb Belaiz, ainsi que du commandant de la Gendarmerie nationale, le général-major Ahmed Bousteila, et du représentant du directeur général de la Sûreté nationale.

Le Premier ministre par intérim a, à cette occasion, présenté les condoléances aux familles des victimes et échangé des propos avec les imams et des notables de Ghardaïa.

M. Yousfi doit tenir une rencontre dimanche au siège de la wilaya, avec les élus et les représentants de la société civile, en présence des autorités locales, selon les services de la wilaya.
APS

 
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