La violence continue malgré les promesses des autorités

L’Etat est-il en position d’impuissance à Ghardaïa ?

El Watan, 31 juillet 2014

Ghardaïa brûle de nouveau. Par un jour de fête religieuse, les initiatives gouvernementales censées ramener la paix dans la vallée du M’zab sont tombées à l’eau.

Elles ont été réduites à néant par des déclarations très mal prises par les notables mozabites et émanant de personnalités publiques ou véhiculées sur les réseaux sociaux. Des propos parfois haineux qui ont conduit, par exemple, à la profanation, le jour de l’Aïd, d’un cimetière mozabite à Berriane.

Comme première mesure face à ces nouveaux affrontements, les autorités locales ont utilisé la force. Dix-huit personnes présumées impliquées dans les échauffourées qu’a connues la localité de Berriane, lundi soir et mardi, ont été interpellées et seront présentées incessamment devant les instances judiciaires, a indiqué mercredi le wali de Ghardaïa, Abdelhakim Chater, rapportait l’agence officielle APS hier matin.

Le wali a ajouté, devant des représentants de la société civile, que «l’Etat appliquera la loi contre les fauteurs de troubles et ceux qui tentent de mettre en péril la cohésion sociale dans la région». Ces nouvelles échauffourées ont fait une trentaine de blessés et provoqué des incendies dans plusieurs établissements privés et publics, ajoutent les services de la wilaya.Cette nouvelle manifestation de violence n’est pas fortuite.

Au début de la semaine, des personnalités mozabites ont rendu public un communiqué dans lequel ils annoncent que la violence n’a pas cessé dans la vallée du M’zab. Le communiqué, signé des notables de Mélika et de la cellule de coordination et de suivi des événements dans la vallée du M’zab, indique en effet que malgré les assurances des autorités, «des quartiers entiers restent interdits aux Mozabites». «Les agressions contre les Mozabites se poursuivent et des quartiers entiers restent hors du contrôle de l’Etat», indique en effet le document. Pis, les notables mozabites indiquent que «des criminels et assassins restent libres sous le regard des autorités». Ces dernières sont également mises en cause par les habitants, qui avancent que «la crise a été provoquée».

L’énigme Belkhadem

Des informations de plus en plus insistantes font état d’appels diffusés par des groupes extrémistes sur les réseaux sociaux et dans les mosquées de la région, incitant à la haine contre les populations mozabites, qui seraient à l’origine de ces violences.
Une réalité confirmée à demi-mot par le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, qui a dénoncé «l’instrumentalisation» de la religion dans cette région du pays.

De son côté, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a reconnu, lors de son déplacement à Constantine la veille de l’Aïd, qu’il existe une «haine difficile à éradiquer» entre les habitants de la région. «C’est contre cette haine qu’il faut lutter», a-t-il suggéré.
Pour ne rien arranger à la situation, des déclarations de Abdelaziz Belkhadem, ministre d’Etat, conseiller du président de la République, ont suscité l’ire des notables mozabites qui accusent Belkhadem d’avoir tenu «des propos dangereux» portant sur «un plan méthodique visant à diluer la société mozabite». Ce dernier a en effet déclaré, sur une chaîne privée, que les Mozabites doivent «faire des concessions afin de se rapprocher des autres».

«Ceux qui veulent changer nos habitudes se trompent», réplique un représentant du quartier de Mélika, contacté par El Watan. Pour tenter de «ramener le calme», les autorités ont dévoilé, la semaine dernière, un nouveau plan qui comporte notamment des aides matérielles aux Ghardaouis touchés par les dégradations et la distribution de 30 000 lots de terrains à bâtir aux populations des deux communautés chaâmbie et mozabite. Mais, comme les précédentes initiatives, celle que vient de lancer Tayeb Belaïz risque encore une fois d’échouer.

Ali Boukhlef

 
Version imprimable
M'zab: Qui provoque les affrontements?  
www.algeria-watch.org