Ghardaïa : Emeutes de l'électricité

par Moncef Wafi, Le Quotidien d'Oran, 7 octobre 2013

Métlili vient de rejoindre la liste des régions «sudistes» où des émeutes ont éclaté pour dénoncer les délestages et les coupures de courant intempestives de Sonelgaz. Dans la nuit de samedi à dimanche, des habitants de Métlili, au sud de Ghardaïa, ont incendié le siège de l'agence commerciale de Sonelgaz ainsi qu'un de ses véhicules, a constaté sur place l'APS. Le motif : dénoncer le retard accusé dans le rétablissement du courant électrique tel que prévu dans l'agenda de la société nationale de l'électricité et du gaz. La Sonelgaz avait annoncé, trois jours à l'avance, sur les ondes de la radio locale et sur les affiches placardées dans les quartiers, une coupure d'électricité pour travaux sur le réseau de transport pour le samedi 5 octobre entre 5h00 et 17h00 dans la région sud de Ghardaïa (Métlili et Mansourah), mais ses agents n'ont pu rétablir le courant à temps ce qui a mis le feu aux poudres. Les protestataires ont saccagé les bureaux de l'agence commerciale de Sonelgaz de Métlili avant d'y mettre le feu. Cette explosion sociale trouve ses raisons dans les conditions climatiques extrêmes que connaît la région avec des températures dépassant les 40° et le fait de se voir priver des moyens de climatisation, de réfrigération et de ventilation. Le courant électrique a été rétabli aux environs de 22 heures, a-t-on signalé. Ce fait divers vient alimenter les chroniques déjà chaudes qui ont émaillé les difficiles relations entre les habitants du Sud et Sonelgaz notamment pendant les pics de chaleur que connaît régulièrement cette région du pays. L'été au Sud a de tout temps était une équation difficile à résoudre pour les autorités locales du fait des températures ambiantes qui dépassent parfois les 50 °C dans certains endroits ce qui réduit la vie active à quelques heures partagées entre le lever et le coucher du soleil et à un quotidien à l'abri des climatiseurs. Une telle dépense d'énergie, d'autant plus que les factures d'électricité sont divisées par deux, conduit forcément à des ruptures difficilement supportées par les populations locales. Ainsi, le Sud algérien a été le théâtre de plusieurs émeutes dus aux ruptures et aux délestages qualifiés d'«intempestifs» et d'« inopportuns » comme ce fut le cas, à Kenadsa (Béchar) et dans certaines communes de la wilaya de Biskra et d'El-Oued qui avaient protesté en bloquant plusieurs routes et incendiant des édifices publics. Et pour finir avec ces émeutes de l'électricité, l'Etat devra satisfaire une demande en nette croissance qui devra passer à 19.316 MW en 2017 contre 11.436 MW projetés pour 2013. Au plus fort des délestages, le ministre de tutelle, Youcef Yousfi, avait tenu à rassurer les Algériens en indiquant que les investissements nécessaires sont engagés pour remédier à cette situation. Dans cette optique, le PDG de Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, s'est voulu rassurant en déclarant à la radio nationale que 7.000 nouveaux postes transformateurs viendront renforcer le réseau de distribution d'électricité dans le cadre du plan d'urgence visant à réduire les coupures d'électricité durant l'été. L'Etat conscient de la gravité du problème et de ses éventuelles répercussions sur la paix sociale multiplie les investissements pour le circonscrire. Ainsi, les avis d'appels d'offres pour la réalisation de centrales électriques se sont succédé l'été dernier. Pour rappel, trois personnes soupçonnées d'avoir participé aux heurts entre citoyens qui se sont produits récemment dans les quartiers d'El-Aïn et de Bab El-Haddad (Ghardaïa) ont été interpellées et présentées mercredi passé devant la justice pour «jets de pierre, outrage et violence contre les passants». Ces heurts, suivis de jets de pierre, avaient éclaté entre de jeunes citoyens suite à une action de protestation contre une coupure d'eau, marquée par la fermeture de la route menant vers Daya Ben Dahoua. Des jeunes de différents quartiers situés sur l'axe de la route en question ont voulu briser le mouvement de protestation qui gênait le trafic routier, déclenchant des disputes et des jets de pierres. Plusieurs véhicules et autobus de transport ont été caillassés durant ces échauffourées.

 
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