LE COMITÉ DE SUIVI DE GHARDAÏA ET LE PLAN DU GOUVERNEMENT

«Vous vous trompez de feuille de route, M. Bélaïz»

Le Soir d'Algérie, 20 juillet 2014

Le comité de coordination et de suivi de la situation à Ghardaïa récuse dans le fond et dans la forme le plan que le gouvernement vient de mettre en branle pour restaurer la sécurité dans cette ville.
M. Kebci - Alger (Le Soir)
«Vous vous trompez de feuille de route, vous avez failli neuf mois durant, alors basta M. Bélaïz», a en effet, affirmé un des membres de cette entité de la société civile de la communauté mozabite de cette wilaya en proie à des violences récurrentes depuis novembre dernier.
Noureddine Daddi-Nounou, qui s’exprimait avant-hier dans une conférence nocturne à Alger à l’invitation du bureau régional du RCD au niveau de la capitale, fera part du déclenchement ces jours-ci du plan gouvernemental puisque, dira-t-il, le secrétaire général du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales et de hauts responsables sécuritaires, qui, précisera-t-il, «ont tous exercé par le passé dans cette wilaya» sont depuis quelques jours à Ghardaïa. Une délégation de haut rang qui a pour feuille de route donc, la matérialisation sur le terrain du plan dont a fait part il y a deux semaines, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales. Un plan «judicieusement ficelé» visant la restauration de la sécurité et de l’ordre public dans cette wilaya chère à nos cœurs et qui comporte «des mesures sécuritaires et autres dispositions» qui seront mises en œuvre de façon progressive par les autorités exécutives de la wilaya de Ghardaïa, à leur tête le wali, afin que la ville retrouve la sécurité et la quiétude qu’elle a toujours connues», a, pour rappel, soutenu Tayeb Bélaïz le 9 juillet dernier à l’APN.
Mais pour le conférencier, ce plan a toutes les «chances» de subir le sort des précédentes initiatives du pouvoir qui semble, à ses yeux, «ne pas retenir les leçons du passé» pour avoir encore une fois, reconduit, cette fois-ci, la même «recette». A savoir son entêtement à se chercher des partenaires et des interlocuteurs «sur mesure» avec le souci majeur «d’exonérer l’Etat de ses défaillances et de ses dépassements», dira-t-il. Et à Daddi-Nounou d’avertir : «Vous avez failli 8 mois durant, basta, M. Bélaïz. Cessez vos manipulations car la situation est très dangereuse». Et de refuser cette thérapie, considérant que tout pacte se devra d’être précédé de l’application des lois de la République concernant la protection des personnes et des biens et le maintien de l’ordre public».
Il mettra, par la suite, en relief les «promotions» dont ont bénéficié presque tous les responsables ayant eu à exercer ou encore en poste dans la wilaya, citant la permutation de l’ancien wali avec son homologue de Tamanrasset, le chef de la Sûreté de wilaya promu au cabinet du DGSN, le chef de la police judiciaire de la wilaya promu directeur de Sûreté de wilaya à Laghouat, le responsable des forces d’intervention de la Gendarmerie nationale qui vient d’être promu colonel.
Et Daddi-Nounou, ce diplômé de l’Ecole nationale d’administration et commissaire aux comptes de profession, ne se fait pas d’illusions quant aux intentions du pouvoir. Ce dernier ne vise, selon lui, qu’à «faire abdiquer la société civile» en lui faisant admettre par tous les moyens sa thèse d’un «conflit intercommunautaire».
Un pouvoir qui,ajoutera-t-il, «ne veut pas de l’organisation ancestrale de la communauté mozabite qui s’est de tout temps prise en charge sur tous les plans ; emploi, logement, etc., qui ne compte pas sur le beylik».
L’orateur regrettera, dans ce sillage, le terrible «renversement de l’échelle des valeurs», avec l’argent facile, la corruption, le travail et l’effort maudits». Des gens s’installent à Ghardaïa pour mettre en branle un plan maffieux avec des lobbies et des relations douteuses.
Ce qui place cette communauté en porte-à-faux avec ces nouvelles valeurs maffieuses. Les choses se compliquent depuis des années mais de manière marginale.
Pour sa part, le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) informera de la réactualisation de la plainte déposée le 12 avril dernier auprès de la commission onusienne des droits de l’homme en Suisse.
Une réactualisation à la lumière des développements intervenus depuis le printemps écoulé, dira Me Salah Dabouz pour qui cette démarche n’a pas été vaine. Selon lui, l’Unicef a eu à interpeller les autorités au sujet des graves atteintes aux mausolées et cimetières de la ville de Ghardaïa, relevant du patrimoine universel, victimes d’opération de destruction systématique.
Le président de la LADDH relèvera également le refus signifié à un expert international d’enquêter sur les cas de torture relevés dans cette tragédie.
M. K.

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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