Un autre mort à Ghardaïa : Les heurts s’étendent dans les quartiers

El Watan, 20 janvier 2014

Qui veut brûler Ghardaïa ? C’est la lancinante question que se posent tous les citoyens de cette ville qui a basculé dans l’horreur de la violence. Rien ne présageait une telle fureur qui vient de faire une autre victime. «Que M. Sellal dise maintenant à ses représentants de pacotille, qu’il a accueillis avec des gâteaux et des sourires à Djenane El Mithak, de se montrer et d’éteindre l’incendie qui est en train de détruire la région», tonne Mustapha, professeur d’université.

Et d’ajouter : «Quand l’Etat comprendra-t-il que le mal est profond et qu’il nécessite une thérapie de choc ? Le folklore protocolaire n’amènera rien de bon à la région.»
Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Nul n’est en mesure d’avancer la moindre hypothèse sur les raisons qui ont plongé les quartiers de Ghardaïa, l’un après l’autre, dans la violence. Pourtant, la matinée avait bien commencé ; les enfants avaient rejoint comme d’habitude les écoles et les travailleurs leurs postes de travail. Et, d’un coup, c’est la panique générale. Pour des élèves du lycée de Sidi Abbaz, c’est l’incompréhension. «Nous n’avons rien compris, nous étions en plein cours et, tout d’un coup, comme si quelqu’un avait donné un signal, c’est la panique générale. Nous nous sommes tous enfermés dans nos classes ; nos professeurs ont séparé les deux communautés pour éviter toute confrontation. Tout le monde crie, mais personne ne sait ce qui se passe», raconte Nadia, sous le choc. Sa copine, toute tremblante, ajoute : «C’était préparé et bien planifié. En un instant, simultanément, toutes les classes ont été prises de panique. Ce n’est pas un hasard. On a voulu nous opposer violemment les uns aux autres, heureusement que les enseignants et surtout les forces de sécurité sont intervenus très rapidement.»

Entre temps, une rumeur se propage : des élèves auraient été agressés dans leur lycée. Alors, de violents affrontements intercommunautaires ont éclaté dans plusieurs quartiers de la ville. Les violences se sont rapidement étendues aux autres quartiers de la commune de Bounoura, Echaâba, Sidi Abbaz et Ezzouil. Des affrontements opposent les jeunes des deux communautés. Les violences font tache d’huile, atteignant la commune de Ghardaïa. Dans le quartier populaire de Theniet El Makhzen, des jeunes ont gravi la colline pour affronter les Mozabites de Oudjoudjen et Tafilelt dans le ksar de Beni Izguen. Même la 1re sûreté urbaine du quartier Chaâbet Ennichène fait l’objet d’une attaque à coups de cocktails Molotov et de pierres. Mais les pires violences se sont déroulées à 10 km au nord de Ghardaïa, entre le périmètre agricole Laâdhira et la palmeraie Touzzouz, dans la daïra de Dhaïa Ben Dahoua, où l’on a malheureusement enregistré deux morts. «Voilà, maintenant que ça a dégénéré dans toute la vallée et que le sang a coulé, M. Sellal peut-il continuer à déclarer qu’il n’y a aucun problème à Ghardaïa ? Adopter la politique de l’autruche mène à la catastrophe.

Prier c’est bien, c’est facile, nous prions tous, nous sommes tous musulmans, mais assumer ses responsabilités, c’est encore mieux», vocifère Abdennour sous les détonations des grenades lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc. Nadir, lui, assène : «L’Etat est responsable de tout ce qui se passe dans cette vallée. Il est en possession de renseignements sur tous les responsables de ces événements et ne fait rien pour arrêter l’effusion de sang.» Alors que l’on essaye de s’entendre sous les explosions des grenades lacrymogènes, un jeune s’affale à quelques mètres devant nous, touché en pleine tête par une balle en caoutchouc. Il est rapidement évacué par ses amis. Sa blessure semble sérieuse, il est inconscient. Plus de 100 blessés, dont une vingtaine de policiers, sont dénombrés alors que 12 arrestations ont été opérées par les forces de police. L’on nous signale quatre maisons incendiées dans le quartier Chaâbet Ennichène, trois à Sidi Abbaz et huit à Hadj Messaoud.

Au moment où nous mettons sous presse, on nous signale que des affrontements intercommunautaires ont aussi éclaté dans les quartiers de Mermed, Ben Smara et Merrakchi.
C’est en fait pratiquement toute la vallée du M’zab qui est plongée dans une violence aveugle dont personne n’arrive à saisir les tenants et les aboutissants.
Une rumeur persistante laisse entendre que des unités de l’armée et de la gendarmerie, dépendant de la 4e Région militaire, s’apprêtent à intervenir pour arrêter l’effusion de sang. «L’armée ! Il n’y a que l’armée qui peut nous protéger. Tout le monde attaque tout le monde. Nous ne reconnaissons plus l’ami de l’ennemi», crie une vieille dame en pleurs. Elle ajoute : «J’ai fui ma maison dans mon propre pays, cette modeste demeure que je n’ai pas quittée même sous l’occupation française !» C’est dire toute la détresse de gens qui n’aspirent qu’à vivre en paix. 
K. Nazim

 
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