Le courant islamiste en pleine recomposition

El Watan, 9 janvier 2017

Exit l’Alliance de l’Algérie verte (MSP-Ennahda-El Islah) installée lors des législatives de 2012 et qui a permis aux islamistes de rafler 48 sièges à l’APN.

Les partis se sont, aujourd’hui, lancés dans le jeu des alliances pour peser sur l’échiquier politique lors des prochaines élections. Ainsi, le MSP et le Front du changement (FC) ont décidé de proposer des listes communes pour les prochaines échéances électorales, alors que le Front pour la justice et le développement (FJD) de Abdallah Djaballah et le mouvement Ennahda ont décidé de fusionner.

Pourquoi maintenant ? Parce que la loi électorale votée en 2016 est passée par là. En contraignant les formations politiques à justifier d’au moins 4% des suffrages, ou du parrainage de 10 élus, ou de 250 signatures d’électeurs pour présenter des listes aux législatives, cela a contraint certaines formations islamistes à se regrouper pour échapper au couperet et risquer la disparition.

Mais ces manœuvres ont d’autres objectifs. Ainsi, pour le MSP de Abderrazak Makri, elle offre au leader du Mouvement de la société pour la paix une première victoire importante alors que ses choix politiques sont contestés en interne. Engagé dans une politique de rupture avec le pouvoir, M. Makri a essuyé une série d’échecs, dont le plus marquant fut sa tentative d’organiser l’opposition à travers la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD) puis avec l’Instance de coordination et de suivi de l’opposition (ICSO), afin de pousser le pouvoir à négocier une transition politique. Une demande sans lendemain.

Cependant, cette alliance avec le FC a une autre portée politique. Elle permet de couper l’herbe sous le pied de M. Djaballah pour l’empêcher de créer un large courant islamiste capable de concurrencer le MSP, alors que le président du FJD voulait obtenir l’adhésion de M. Menasra à sa démarche. L’autre bénéfice escompté de cette alliance est à mettre sur le compte de la guerre sourde que se livrent les deux figures du MSP. Au moment où son rival Bouguera Soltani capitalise la grogne des cadres de moins en moins convaincus par leur départ du gouvernement, M. Makri veut isoler l’ancien patron du parti et lui barrer la route pour l’empêcher de mettre la main sur le MSP.

En signant un accord avec celui qui claqua la porte du parti pour protester contre le soutien de M. Soltani à un troisième mandat de Bouteflika, avant de créer sa propre formation politique, M. Makri verrouille le MSP et élargit sa base de soutien en absorbant les militants du Front du changement lors de la fusion entre les deux partis prévue lors d’un congrès extraordinaire organisé à l’issue des législatives. En outre, cette fusion doit ouvrir la porte à une présidence alternée entre les deux hommes.

Dans un autre registre, la fusion entre le Front pour la justice et le développement (FJD) et le mouvement Ennahda permet à Abdallah Djaballah de revenir sur le devant de la scène politique. L’ancien candidat aux présidentielles de 1999 et de 2004 veut peser sur l’échiquier politique et paraître comme une alternative aux islamistes du MSP. Son score aux législatives devrait être une indication sur la place qu’il devrait dorénavant occuper.

Mesbah Salim

 
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