RÉUNION DU CONSEIL NATIONAL DU FFS LES 22 ET 23 JUIN

L'ordre du jour sera arrêté en séance d'ouverture

Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE , L'Expression, 9 juin 2012

C'est un rendez-vous qui constitue à l'évidence un moment décisif pour la formation de Hocine Aït Ahmed, dont 144 cadres sont menacés de sanctions.

Le Front des forces socialistes (FFS) tiendra les 22 et 23 juin une réunion de son conseil national, apprend-on de la direction nationale du parti. Ce rendez-vous constitue à l'évidence un moment décisif pour la formation de Hocine Aït Ahmed, qui est confrontée a une crise interne depuis sa participation à l'élection législative du 10 mai dernier. Cette situation de crise s'exacerbe notamment par le silence observé par la direction du FFS, après les résultats du scrutin législatif, qui sont dénoncés et qualifiés de toutes les dérives autant par la classe politique que par la société civile. Et en dépit des appels incessants de ses cadres pour ouvrir un débat et convoquer un conseil national extraordinaire, la direction du parti a fait la sourde oreille et laissé les feux de la contestation se propager faisant susciter moult interrogations au sein de la base. Cette attitude a d'ailleurs soulevé, note-t-on, des interrogations auprès des cadres et des militants du FFS, repprochant à leur direction une proximité avec le régime, voire des négociations secrètes. Ainsi, des spéculations portant sur l'intégration du FFS au sein du gouvernement et l'éventuelle alliance avec le Front de libération nationale ont été largement répandues. Il a fallu que le FFS soit accusé directement par ses propres cadres d'avoir noué des liens avec des cercles occultes pour qu'enfin la direction convoque un conseil national et reprenne le discours fondamental du parti, après avoir été troqué pour un lexique propre à la langue de bois, «Le pays est menacé de l'extérieur». Contraint de faire preuve d'intelligence politique pour étouffer la crise, le premier secrétaire national du FFS, Ali Laskri, a donc donné son quitus pour la tenue du conseil national, tant attendu par les contestataires, qui aura lieu les 22 et 23 juin. Les contestataires comptent, apprend-on, aborder toutes les questions fâcheuses à l'origine de la crise. Et de poursuivre: «Nous allons nous opposer aux suspensions décidées unilatéralement sans qu'elles soient passées aux commissions de médiation et de discipline» ajoutant: «Nous ne laisserons jamais l'actuelle direction oeuvrer en dehors des fondements du FFS, arrêtés depuis 1963.» Cela est soutenu par les déclarations fracassantes de cadres et militants du parti, ayant même adressé un courrier à leur président Hocine Aït Ahmed, pour lui signifier qu'il y a des déviations politiques commises par la direction. Une direction qui use et abuse de la menace d'exclusion, d'intimidation, mais aussi et surtout qui mène des campagnes d'intox et de désinformation contre des cadres du parti qui osent le débat contradictoire ou qui demandent de débattre des décisions du parti, dites prises à haut niveau. A ce titre, il convient de rappeler que des suspensions ont été d'ailleurs prises par le parti contre Karim Tabbou, ex-premier secrétaire national et actuellement député. Mais aussi contre Samir Boukouir, représentant du FFS à l'étranger et le premier secrétaire fédéral de la wilaya de Béjaïa, Farid Khelaf, qui a contesté dans le fond et la forme la liste des députés de sa wilaya, qui lui a été imposée par la direction sans qu'elle tienne compte des propositions faites par la fédération. Ainsi, des rencontres de cadres et de militants ont eu lieu aussi bien à Tizi Ouzou qu'à Béjaïa pour lancer un «appel pressant» aux anciens cadres du parti «qui sont restés fidèles à la ligne du FFS pour intervenir et ne pas permettre à la direction de brader la ligne politique, l'histoire et le patrimoine du parti». Dans ces rencontres, il y avait pour rappel, des membres du conseil national, des membres du conseil fédéral, des élus locaux et des collectifs d'étudiants et de femmes. Cela explique par ailleurs, les contacts renoués par la base militante avec les anciens premiers secrétaires nationaux du parti, en l'occurrence Mustapha Bouhadef, Saïd Khellil, Ali Kerboua et l'ancien directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed durant l'élection présidentielle de 1999. Les auteurs de cette initiative comptent organiser et imposer à leur direction une conférence de tous les cadres du parti pour aboutir à un véritable rassemblement des énergies tel que suggéré par le leader charismatique du FFS.


 

DR SAÏD KHELLIL, ANCIEN PREMIER SECRÉTAIRE DU FFS, À L'EXPRESSION

«L'avenir apportera des réponses aux interrogations posées sur le FFS»

Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE

Ancien premier secrétaire du FFS, le Dr Saïd Khellil a soutenu dans cette interview que le fonctionnement rentier du système avantage et favorise la docilité, la médiocrité, la prédation et l'opportunisme. Et décortiquant la crise au FFS, il a souligné que le charisme et l'expérience de Hocine Aït Ahmed peuvent influer pour assurer une relève dont l'Algérie et le parti ont besoin.

L'Expression: Quelle analyse faite-vous de la situation politique post-élections législatives du 10 mai?
Dr Saïd Khellil: La situation politique post-élections législatives a renforcé le statu quo dans notre pays et accéléré la dislocation et la décomposition des forces politiques. C'est un statu quo inquiétant, reconduit avec quelques aménagements et léger remake, notamment après le retour du Front des forces socialistes (FFS) à l'Assemblée populaire nationale (APN) où il s'est distingué par son absence depuis 2002. Cela dit, connaissant la très forte prééminence de l'Exécutif, les analystes ne croient pas et n'attendent pas beaucoup de ces élections, et la population encore moins puisqu'elle n'a pas voté quoi que l'on raconte. Résultat: le régime va gagner, une fois de plus, quelque temps de répit...

Comment expliquez-vous les dissensions et crises que traverse la classe politique nationale, après le dernier scrutin législatif?
Cette élection a vu une imprégnation rentière qui va exacerber cruellement les conflits de placements de cadres postulant à un mandat de député. Donc, nous sommes, à l'évidence, loin de l'enjeu politique type: «Projet de société» ou «modèle socio-économique» à mettre en oeuvre et à réaliser. Sinon, le reste n'est fait que de quelques hululements idéologiques répétés. Cela ne veut pas dire, toutefois, que notre pays est déserté ou dépourvu de femmes et d'hommes de conviction, en mesure de hisser l'Algérie au rang des grandes nations. Néanmoins, le fonctionnement rentier du système avantage et favorise la docilité, la médiocrité, la prédation et l'opportunisme.

Des cadres et militants du FFS contestent la ligne actuelle de la direction qu'ils accusent d'avoir foulé aux pieds les fondements du parti, voire de développer une logique de proximité avec le régime lors du scrutin législatif.
Je dirais que cela constitue un débat interne dont je m'exclue. Je n'ai pas maintenant de présence organique au FFS. Un parti où j'ai milité effectivement durant des décennies, avant même qu'il soit agréé. C'était durant les années 1970, 1980 et 1990. Pour ce qui est du scrutin législatif, il faut dire, néanmoins, que ce n'est pas la première fois que le parti du FFS y prend part. Il était présent en 1997 quoi que le régime n'avait pas offert de garanties de démocratie. Plus grave encore, le régime a réussi à organiser la plus scandaleuse des fraudes depuis l'avènement de la pseudo-ouverture politique, en désignant le Rassemblement national démocratique (RND), un parti nouveau-né, comme étant un parti majoritaire à l'Assemblée populaire nationale. Pourtant, le FFS y avait participé. Néanmoins, les questions qui se posent sont: pourquoi cette exacerbation de contestation maintenant au FFS? Y a-t-il maturation politique et exigences politiques de militants ou enjeux se rapportant au prochain congrès du parti? Ou bien y a-t-il des négociations secrètes avec le régime?
L'avenir ne tardera pas, dans tous les cas, à nous apporter des réponses et des éclaircissements sur cette atmosphère nocive quant à l'avenir du plus ancien parti d'opposition, constituant un patrimoine autant pour l'Algérie que pour la démocratie.

Aujourd'hui, il y a des cadres et militants du FFS qui s'organisent et se concertent pour sauver et protéger la ligne que s'est fixée le Parti depuis 1963. Qu'en pensez-vous?
Comme je ne suis pas organiquement militant du FFS et comme je suis légaliste, je m'interdis de m'exprimer sur les questions organiques. Néanmoins, l'idéal est que les débats aussi divergents soient-ils, puissent se dérouler dans les instances du parti et tranchés démocratiquement et ce, même si le poids du leader peut en effet influer excessivement. Son charisme et son expérience auraient pu jouer un rôle éminent et positif pour assurer notamment la relève dont le pays et le parti ont besoin. Il s'agit en effet d'assurer la relève pour un parti qui représente un idéal démocratique à toutes les générations post-indépendance.

Comment expliquez-vous les départs successifs des cadres du FFS des structures organiques et militant en dehors de ces dernières pour le même idéal?
Il y a deux raisons fondamentales. La première est le blocage politique, le maintien du statu quo, tandis que la seconde relève de l'absence de la culture démocratique. Donc, ces deux raisons amènent, par voie de conséquence, des hauts cadres qui ne s'accommodent pas avec le vieux carcan de la pensée unique, droit dans l'impasse. Par ailleurs, il y a également l'absence, voire l'inexistence de l'alternative, les horizons sont clos pour toute la société. Tandis que le chamboulement mondial au niveau des médias, des initiatives, des technologies poussent les contradictions à leurs extrêmes dans le fonctionnement, où on ne peut plus se contenter d'esquisser les décisions d'en haut et ce, quelle que soit leur prééminence. Cela dit, à l'évidence que le moment est venu de tourner une page historique, et la situation est féconde pour accoucher d'autres crises sans renier toutefois le long combat des générations passées pour les libertés et l'émancipation de la société.

 
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