Un autre vendredi de colère en Palestine occupée

La frontière avec Israël en feu

El Watan, 7 avril 2018

Les forces de l'armée d'occupation, fortement renforcées par des blindés et des chars, ont tiré sur la foule désarmée, causant la mort
de trois Palestiniens, au moins, et faisant des centaines de blessés.

Dès les premières heures de la journée d'hier, des milliers de citoyens palestiniens de la bande de Ghaza se sont dirigés vers les zones frontalières avec l'Etat hébreu, pour participer aux manifestations populaires réclamant le droit de retour des réfugiés et la levée du blocus imposé à l'enclave palestinienne par Israël depuis plus de 11 ans.

C'est le deuxième vendredi de la «grande marche du retour», appelé cette fois «Vendredi du caoutchouc», à cause des milliers de pneus usés ramassés un peu partout dans la bande de Ghaza, dans le but de les brûler et utiliser l'épaisse fumée noire dégagée pour empêcher les tireurs d'élite de l'armée d'occupation d'atteindre leurs cibles potentielles.

L'armée israélienne a, pour sa part, installé des ventilateurs géants près de la clôture pour tenter de dissiper la fumée émanant des milliers de pneus brûlés. Malgré toutes ces précautions palestiniennes et les déclarations claires concernant le caractère pacifique des manifestations, les forces de l'armée d'occupation, fortement renforcées par des blindés et des chars, ont tiré sur la foule désarmée, causant la mort de trois citoyens, au moins, et faisant des centaines de blessés.

Oussama Gdeih, âgé de 38 ans, a été mortellement atteint par une balle réelle tirée par un sniper israélien, dans la zone frontalière à l'est de Khan Younès au sud de la bande de Ghaza, alors qu'il se trouvait à des centaines de mètres de la clôture de séparation qui tient lieu de ligne de frontière. Majdi Shabat, âgé de 23 ans, a été tué à l'est de Djabaliya, au nord de l'enclave palestinienne.

Un troisième citoyen, âgé de 16 ans seulement, dont l'identité n'était toujours pas connue à l'heure où nous écrivions ce papier, est tombé à l'est de Ghaza. Parmi les blessés de cette nouvelle journée sanglante, plus de 250, il y a deux journalistes : Yasser Murtaja, qui a été atteint par une balle à la poitrine, et Islam Zaanoun, correspondante de la télévision palestinienne officielle, qui a souffert de difficultés respiratoires après l'inhalation de gaz lacrymogène toxique.

Le ministère de la Santé à Ghaza a annoncé, pour sa part, que Mohamed Rabaa, âgé de 30 ans, a succombé à ses blessures, contractées vendredi passé, lors de la commémoration de la Journée de la terre en Palestine occupée. Avec les 3 autres blessés ayant succombé à leurs blessures, le nombre de morts par les tirs israéliens depuis vendredi 30 mars s'est élevé à 25, alors que le nombre de blessés a dépassé les 1700.

L'armée israélienne qui a perpétré un véritable massacre, le plus grand depuis la guerre de l'été 2014, avait prévenu que les consignes de tirs sont les mêmes que celles de vendredi 30 mars. Les soldats israéliens ont utilisé ce jour-là des balles réelles explosives qui, à défaut de tuer, provoquent des blessures graves et mutilantes.

Mesures fortement critiquées par l'ONU et l'Union européenne qui ont demandé une enquête indépendante et transparente sur l'utilisation de balles réelles par les soldats israéliens contre des civils désarmés. «S'il y a des provocations, il y aura une réaction des plus dures comme la semaine passée. Nous n'avons pas l'intention de changer les consignes de tirs, nous resterons sur la même ligne», a prévenu le ministre israélien de la Guerre, Avigdor Lieberman.

Sur le même ton, Jason Greenblat, l'émissaire du président américain Donald Trump pour le Proche-Orient, a demandé aux Palestiniens de ne pas s'approcher de la clôture de séparation. Dans certaines zones où les citoyens de tout âge et des deux sexes se sont rapprochés de cette clôture, les soldats israéliens postés en face n'ont pas hésité à tirer dans le tas, faisant un nombre indéterminé de blessés, comme cela s'est passé à l'est de la ville de Ghaza.

Des eaux usées et des gaz toxiques

En général, les soldats israéliens tirent sur toute personne qui s'approche à moins de 300 mètres de la clôture de séparation, créant une sorte de no man's land où il est très dangereux de s'aventurer. Hier, les manifestants se sont rapprochés un peu plus de la clôture. Certains ont réussi à y accrocher des drapeaux palestiniens et d'autres ont pu l'endommager.

En plus des balles réelles explosives très dangereuses pour la vie des manifestants palestiniens pacifiques, qui cherchent à attirer l'attention du reste du monde sur leur situation dramatique due à l'occupation, même au prix de leur vie, les soldats israéliens ont utilisé ce vendredi des eaux usées, mais surtout des gaz lacrymogènes très toxiques, selon des sources médicales palestiniennes. Tous ceux, qui inhalent ces gaz, souffrent de difficultés respiratoires mais aussi de très fortes convulsions, symptôme nouveau, selon des médecins palestiniens qui ont pris en charge ces blessés.

Israël, qui a fait l'objet de fortes critiques y compris d'organisations israéliennes de défense des droits de l'homme et d'organisations qui rejettent la colonisation et l'occupation, a donc augmenté ses moyens de répression contre des civils désarmés, faisant la sourde oreille à tous les appels lui demandant de ne pas utiliser la force disproportionnée.

L'envoyé spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient, Nickolai Mladenov, a appelé les forces israéliennes à «la retenue maximale» et les Palestiniens à éviter les frictions.

Appels ignorés particulièrement par l'armée israélienne qui voit en tous les Palestiniens, qu'ils soient civils ou autres, des hommes à abattre. La preuve : ce grand nombre de morts et de blessés parmi les manifestants désarmés mais qui montrent une volonté de fer et une obstination sans faille à poursuivre cette résistance populaire pacifique à laquelle appelle depuis plusieurs années le président Mahmoud Abbas.

La direction palestinienne devrait renouveler son appel à la communauté internationale de la nécessité de la mise en place d'un système de protection internationale capable de protéger le peuple palestinien désarmé, qui ne veut rien de plus que l'application des résolutions des Nations unies concernant la cause palestinienne, y compris la résolution 194, stipulant le retour des réfugiés palestiniens expulsés de leurs terres en 1948.

Ce face à face de la population avec les soldats de l'occupation devrait se poursuivre jusqu'au 15 mai prochain, qui marque la Nakba, la catastrophe qui a frappé le peuple palestinien en 1948 avec la proclamation de l'Etat d'Israël aux dépens de la Palestine historique. Ni les menaces israéliennes ni celles des Etats-Unis ne pousseront les Palestiniens à baisser les bras et renoncer à leurs droits légitimes avec au minimum l'établissement d'un Etat palestinien indépendant selon les frontières de 1967 avec Al Qods comme capitale.

Ces manifestations ne se limitent pas à la bande de Ghaza. Toutes les villes de la Cisjordanie occupée ont vécu, hier, des contestations et des heurts avec les soldats de l'occupation. Les observateurs voient que dans le cas où Israël s'obstine dans sa politique d'occupation et de colonisation, les événements de cette semaine indiquent fortement que le peuple palestinien se dirige vers une révolte populaire générale à caractère pacifique, à l'image de celle qui a fait tomber l'apartheid en Afrique du Sud.

Fares Chahine

 
Version imprimable
La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org