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Des acteurs de la Révolution Tunisienne s’inquiètent du rôle de l’AlgérieEl Kadi Ihsane, Maghreb Emergent, 21 janvier 2011 Un rassemblement de sept à huit milles personnes a fait le siège du premier ministère à la Casbah de Tunis l’après midi du vendredi au cri de « le peuple veut le départ du gouvernement ». L’occasion d’échanger avec quelques têtes de l’action. Une pointe d’inquiétude, l’Algérie de Bouteflika empruntera-t-elle le pas à la Libye de Kadhafi ? Le siège de l’UGTT, place Mohamed Ali, est le point de départ tous les jours de la principale des marches de protestation contre le gouvernement Ghannouchi, affublé de tous les sarcasmes par la rue tunisienne. Après un aller retour sur l’avenue Habib Bourguiba, haut lieu de la Révolution depuis l’autre vendredi, le 14 janvier, la marche s’est dirigée vers le haut de la Médina, non sans quelques hésitations sur le long- parcours à emprunter pour contourner les dédales des souks. Un délai de consultation assimilé aussitôt à des atermoiements politiques par une frange du cortège, plus nombreux et plus jeune que la veille lors de la marche sur le siège national du RCD. Le rassemblement devant le siège du premier ministère, situé dans les bâtiments de la citadelle ottomane du beylicat de Tunis, a occupé la quasi-totalité de l’esplanade qui ouvre la Médina par le haut. Détachements de militaires, renforts de policiers, gardes et motards en faction sur les lieux ont du, trois heures durant, subir, stoïques, un déferlement de chants et de slogans anti-pouvoir, aussi déterminé que joyeux. La proximité des locaux, la présence parmi la foule des voitures officielles, tout aurait incité au dérapage violent. Les manifestants, femmes et hommes, jeunes et vieux, islamistes et militants de gauche, parfois adossés aux portes en bois monumentales du premier ministère, devant des policiers pantois, ne se sont jamais détournés de leur but. Demander en chœur « la fin de la dictature … après le départ du dictateur ». « Nous ne rentrons plus chez nous jusqu’à ce que vous sortez de nos vies » annonce une belle calligraphie en arabe, portée sur le mur du bâtiment blanc, du gouvernement de la transition. « L’Algérie seule soupape de respiration »Le « nouveau » pouvoir ainsi assiégé, l’esplanade de la Casbah est devenue un lieu de débat politique en marge du rassemblement populaire. Des militants de base du parti de Nejib Chebbi, leader du parti démocrate progressiste (PDP, opposition légale de Ben Ali), qui a accepté sans consulter ses instances de rentrer dans le gouvernement de Ghannouchi jurent qu’ils vont le lui « faire payer pour le reste de sa vie politique ». Mais la présence d’un journaliste algérien déclenche une salve de commentaires sur la position d’Alger vis-à-vis du « processus Tunisien ». Pour Jalel Zoghlami, militant de la gauche révolutionnaire bien connu à Alger où il a du s’exiler dans les années 90, opposant historique à Ben Ali, tout comme son frère le journaliste et écrivain dissident Taoufik Ben Brik, « l’Algérie peut devenir très vite la seule soupape de respiration pour la Révolution tunisienne. La Libye de Kadhafi qui est le premier partenaire économique après l’Europe, si l’on ajoute l’informel, va nous faire des problèmes. L’Union Européenne risque de combattre sournoisement, une autre orientation économique dans le pays qui ne soit pas tournée exclusivement vers elle. Dans ce contexte, l’attitude de l’Algérie est une grande inconnue. Et elle peut être décisive pour éviter l’isolement du processus démocratique en Tunisie ». « Kadhafi, je comprends, mais Bouteflika ? »Sur le même sujet, des militants syndicalistes demandent si « l’opinion algérienne en se remobilisant (depuis les dernières émeutes) peut pousser Bouteflika à plus de solidarité avec le peuple tunisien qui veut une coupure totale avec l’ère Ben Ali ». Les nouvelles contradictoires sur la fuite à Oran d’un des frères de Leila Trabelsi désarçonnent les acteurs de l’intifada de Tunis. « Mâamar El Kadafi a misé avec ses fils sur la famille régnante chez nous en investissant dans de nombreuses affaires. Je comprends qu’il soit ouvertement contre cette révolution qui lui fait perdre des positions en Tunisie et qui menace sa propre dictature de contagion. Mais je ne comprends pas que Bouteflika se taise. Il n’a pas d’affaires en Tunisie. Et il a les moyens de reprendre la transition démocratique en Algérie sans changer de constitution. Ce n’est pas comme en Libye, non ? Ou alors je ne connais rien à nos voisins » affirme Afifa, militante syndicaliste. Pour Jallel Zoghlami, très au fait de l’actualité algérienne, avec l’enjeu de la marche de ce samedi à l’appel du parti de Saïd Sadi, la situation algérienne n’est comparable que relativement à celle de la Tunisie. Le pouvoir a de l’argent, il peut canaliser la montée de la pression sociale. Il peut même conduire une ouverture sans beaucoup de risque. Pour moi, le pays qui subit le plus directement le souffle de la Révolution tunisienne est l’Egypte ». |
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