ARRESTATION DE 21 PERSONNES À GHARDAÏA

Les prévenus transférés à Menéa

Le Soir d'Algérie, 10 décembre 2016

Les vingt-et-une personnes arrêtées mardi soir à Ghardaïa ont été transférées à la prison de Menéa dans l'attente d'être déférées devant la juridiction compétente où elles doivent répondre de chefs d'inculpation graves.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Mercredi 7 décembre. Une dépêche de l'agence officielle APS annonce l'arrestation de 21 personnes clandestinement réunies à Ghardaïa. La terminologie utilisée et la manière même dont a été rédigée l'information donnent un caractère particulier à l'évènement.
Le texte insiste particulièrement sur le respect des droits des mis en cause durant leur interpellation et les raisons de cette arrestation. Selon la même source, ils sont notamment accusés «d'incitation à la haine» et de «tentatives de déstabilisation» de la région. Sur le moment, aucune personne n'est en mesure de fournir davantage de détails sur le fait et encore moins sur la situation particulière qui prévaut dans cette wilaya depuis les événements qui l'ont marquée. Dans la journée de jeudi, les proches des personnes interpellées se sont manifestés dans le cadre de l'organisation de leur défense. On en sait davantage sur ce qui s'est passé. L'un des avocats constitués dans ce dossier nous apprend que les prévenus ont tous été transférés à la prison de Menéa. Ce transfert n'a aucun lien, nous dit-on, avec une quelconque intention d'éloigner les prévenus de Ghardaïa où l'évènement semble avoir accentué la tension qui règne dans la région. Cette décision a été prise en raison de la vétusté de la prison de Ghardaïa et de son incapacité d'accueillir plus de détenus qu'elle n'en abrite déjà. Mercredi, les 21 personnes interpellées ont été donc conduites à la prison de Menéa. Parmi elles, Belladis Belhadj et son fils. La série d'interpellations s'est déroulée dans son domicile. Selon les informations que nous avons pu recueillir, Belladis Belhadj est établi en France depuis un certain nombre d'années. Il est récemment rentré en Algérie pour rendre visite à sa famille. Mardi soir, «il a reçu un certain nombre d'invités dans le cadre d'activités religieuses que les citoyens de Ghardaïa ont coutume de mener chaque fin de semaine», nous dit-on. Chaque jeudi, poursuit notre source, des séances de lecture du Coran sont organisées chez des personnes et cela se passe à tour de rôle. La rencontre est naturellement l'occasion de discuter de la situation qui prévaut dans le pays, et dans la région notamment. «En début de soirée, les forces de l'ordre se présentent au domicile de Belladis Belhadj et embarquent toutes les personnes qui s'y trouvent.» Contacté par l'un des fils de Belladis, Me Salah Dabbouz se constitue pour la défense des prévenus. Il se dit inquiet car les chefs d'inculpation qui pèsent sur ses clients sont lourds. «Vous savez qu'en matière de prévention, le pays a récemment enregistré une amélioration, un allègement, sauf pour les cas graves. Le problème, c'est que ces cas graves n'ont pas été définis. Mes clients sont accusés d'incitation à la haine, nous ne savons pas ce que cela veut dire, et je me pose la question de savoir si la lecture du Coran est un acte grave. Quant aux discussions politiques, elles sont inévitables, tous les Algériens parlent de ce qui se passe dans le pays, c'est tout à fait normal. Reste à savoir ce que cache cette affaire.» Toutes les personnes que nous avons contactées hier évoquent l'existence d'une peur difficile à définir. «Peur d'être arrêté, accusé par n'importe qui de faire partie de groupuscules qui tentent de déstabiliser la région. Les services de sécurité sont sur le qui-vive et à l'affût du moindre regroupement, en particulier lorsqu'il se déroule dans des domiciles. Les dernières arrestations sont peut-être aussi destinées à maintenir la pression, à faire savoir qu'un plan de vigilance extraordinaire est déployé pour éviter à Ghardaïa de sombrer dans l'inconnu.»
A. C.

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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