Ghardaïa : Bouteflika annonce une série de « mesures »

Riyad Hamadi, TSA, 8 juillet 2015

Le président Abdelaziz Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire de « superviser l’action des services de sécurité et des autorités locales concernées pour le rétablissement et la préservation de l’ordre public à travers la wilaya de Ghardaïa », rapporte l’agence officielle APS.

Cette décision a été prise lors de la réunion d’urgence tenue ce mercredi à la présidence de la République. Les violences qui secouent plusieurs localités de Ghardaïa ont fait au moins 23 morts et une centaine de blessés.

Le président de la République a instruit également le Premier ministre de « veiller, avec le ministre de la Justice, Garde des sceaux, afin que le Parquet prenne en charge, avec diligence et sévérité, toutes les violations de la loi à travers la wilaya de Ghardaïa et notamment l’atteinte à la sécurité des personnes et des biens », selon la même source.

Le gouvernement a été aussi chargé de « veiller, sous l’autorité du Premier ministre, à diligenter la mise en oeuvre des programmes déjà arrêtés en vue de la relance du développement économique et social et du retour à une vie normale à travers le territoire de la wilaya de Ghardaïa », ajoute la même source.

La réunion, présidée par le chef de l’État, a regroupé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le ministre d’État, directeur de cabinet de la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, et le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah.


 

Ghardaïa : exposer inutilement l’armée

Par Samir Allam , TSA, 8 juillet 2015

Après avoir laissé la situation pourrir durant plusieurs mois à Ghardaïa, le pouvoir s’est enfin réveillé. Après une journée particulièrement meurtrière – une vingtaine de morts et plusieurs dizaines de blessés -, le président Bouteflika a convoqué une réunion d’urgence pour annoncer une série de mesures.

La première concerne l’aspect sécuritaire du problème. Le chef de l’État a chargé le commandant de la 4e région militaire de « superviser l’action des services de sécurité et des autorités locales concernées pour le rétablissement et la préservation de l’ordre public à travers la wilaya de Ghardaïa ».

L’armée, à travers cette instruction, sera inutilement exposée. À la fois sur le plan symbolique et opérationnel. Symboliquement, le rôle de l’armée nationale est de combattre les ennemis de l’Algérie. Or, hormis le terrorisme, l’Algérie n’a pas d’ennemi intérieur. À Ghardaïa, les deux protagonistes ne sont pas des ennemis. Ils n’arrivent plus à vivre ensemble et ce n’est pas en envoyant des militaires patrouiller dans les rues de la ville que ce problème sera résolu. Il faudrait chercher d’autres solutions, en discutant avec les vrais acteurs locaux et non avec de faux notables qui n’exercent plus aucune influence sur les populations locales.

Ensuite, d’un point de vue opérationnel, l’armée n’est pas le corps de sécurité le mieux adapté à cette situation. Une armée sait faire la guerre, conquérir ou défendre un territoire. Dans le cas de l’armée algérienne, c’est surtout la seconde mission qui prime. Mais les militaires ne savent pas faire du maintien de l’ordre. Même les armées modernes ne savent pas le faire. Une fois un territoire conquis ou libéré, ce sont d’autres structures, comme la police et la gendarmerie, qui prennent le relais pour gérer cet aspect.

À Ghardaïa, la police et la gendarmerie doivent retrouver leurs missions et travailler en toute autonomie, loin des ordres des militaires, mais sous l’autorité de la justice. Une justice, elle-même renforcée. La décision du président Bouteflika va exposer inutilement notre armée et affaiblir les autres institutions que sont la police, la gendarmerie et la justice.


Les réactions des partis et des personnalités politiques

Par Massissilia Chafai, Hadjer Guenanfa, Nadia Mellal, TSA, 8 juillet 2015

« C’est l’État qui est responsable et c’est le gouvernement qui a la responsabilité politique de la situation à Ghardaïa. Tout le gouvernement devrait descendre à Ghardaïa. Dans n’importe quel autre pays qui se respecte au premier coup de feu, le gouvernement intervient et nous c’est à partir d’Alger, dans les bureaux bien calfeutrés qu’on donne l’ordre à la police d’aller sur place. Le gouvernement n’est pas allé là-bas, l’armée, elle est partout, mais de quoi allons-nous la charger encore. La confrontation entre les citoyens se fait depuis hier avec des armes. L’État ne fait qu’envoyer l’armée et la police, mais ils ne peuvent pas à eux seuls résoudre le problème. À travers les événements de Ghardaïa, c’est la dislocation de notre pays qui est à l’ordre du jour ».

Sofiane Djilali, président de Jil Djadid

« C’est une tragédie malheureusement prévisible depuis longtemps mais l’inaction, l’incompétence et l’illégitimité de ce pouvoir a fait que l’on va vers ce drame. Ce sont les promesses mensongères de Monsieur Sellal qui avait promis de régler le problème quand il faisait la campagne du 4e mandat. C’est aussi l’absence du président de la République qui aurait dû être immédiatement sur place pour parler aux gens, mais Monsieur Bouteflika s’occupe de son image et de sa santé et a oublié le pays qu’il laisse sombrer dans la crise. Bouteflika est comptable, personnellement, des morts qu’il y a eus à Ghardaïa ».

Nabil Yahiaoui, porte-parole du TAJ

« C’est une situation dangereuse et douloureuse. C’est du sang algérien qui est en train de couler. Nous appelons les pouvoirs publics en particuliers et tous les habitants de Ghardaïa à appeler au calme. Ghardaïa est une partie du pays, c’est pour cela que tout le monde est impliqué. Nous ne sommes pas là pour politiser la situation ou adresser des critiques au gouvernement, nous avons tout simplement besoin de trouver une solution définitive à ce problème. Nous tenons par l’occasion à présenter nos condoléances aux familles des victimes ».

Abderrezak Mokri, président du MSP

« Ce qui se passe actuellement à Ghardaïa est extrêmement dangereux. À Guerrara et dans d’autres régions, la fitna a atteint un niveau qui doit nous avertir de possibles conséquences qui seraient désastreuses pour la sécurité des citoyens et l’unité de tout le pays. Nous avons reçu de nombreux appels à l’aide des habitants de la région depuis les premières heures. Et nos représentants dans la wilaya nous ont parlé des cas de peur et de terreur sans précédent entre les habitants. Le MSP, au vue de sa crédibilité auprès des deux partis (arabe et mozabite, NDLR), est prêt à offrir son aide ».

Lakhdar Benkhellaf, député du Front de la justice et du développement (FJD)

« C’est une mascarade en l’absence des autorités qui n’ont pas tenu leurs promesses. Sellal s’est rendu sur place lors de la campagne électorale et a promis d’y revenir pour régler définitivement la situation. Malheureusement, rien n’a été fait. Le ministère de l’Intérieur a installé une commission, mais cela n’a rien changé. Nous condamnons ce qui se passe à Ghardaïa et nous demandons l’intervention du gouvernement pour régler définitivement ce problème qui a trop duré ».

Moussa Touati, président du FNA

« C’est une situation qui découle de l’impuissance de l’État de prendre en charge le problème de tous les Algériens. Il faut que le système en place mette des solutions durables. Ils doivent comprendre que le problème de Ghardaïa n’est pas ethnique, mais un problème économique. Il faut aller vers le fond des problèmes ».

RCD

« Cette terrible tragédie, qui se joue à l’heure qu’il est à ciel ouvert avec une autre circonstance alarmante consistant dans l’utilisation d’armes à feu, renseigne, une fois de plus, sur l’incurie et l’incompétence notoire d’un système en perte de vitesse et qui mène inexorablement le pays à une véritable impasse institutionnelle et à un incontestable chaos. (…) L’on est bien loin des promesses électoralistes du Premier ministre représentant du chef de l’État et des assurances oiseuses décrétées par les membres d’un gouvernement qui œuvre par tous les moyens à occulter la réalité caractérisée par la vacance du pouvoir, la déliquescence des institutions et une véritable faillite de l’État ».

Ali Benflis, président de Talaiou El Houriyat

« J’observe avec une vive inquiétude la transformation de cette région du territoire national en un véritable foyer de tension et de crise d’une extrême gravité dont le pouvoir politique se désintéresse et qu’il livre à un total abandon. Je suis intimement convaincu que la véritable tragédie nationale que constitue la situation qui prévaut à Ghardaïa est à mettre au compte de la vacance du pouvoir, de l’illégitimité des institutions, de leur absence de crédibilité et de la perte de confiance dont elles sont l’objet de la part des citoyens de la région. Une crise de cette gravité aurait dû être prise en charge au sommet de l’État depuis longtemps. Un sommet de l’État qui, depuis le déclenchement de cette crise, s’est distingué par un silence et une inaction inacceptables et intolérables eu égard à l’ampleur des effets de cette crise sur l’unité nationale et la sécurité du territoire ».

Noureddine Benissad, président de la LADDH

« La LADDH exprime son inquiétude concernant les nouvelles vagues de violence qui touche la ville de Ghardaïa, où le droit à la vie est menacé. Malgré l’importante présence des services de sécurité dans la région, la sécurité des personnes et des biens n’est pas garantie ».

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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