Il boucle 90 jours de grève de la faim

Fekhar refuse toujours de suspendre son action

Liberté, 3 avril 2017

Son avocat dit craindre un remake de l’affaire du journaliste Mohamed Tamalt, décédé en prison des suites d’une longue grève de la faim.

Kamel-Eddine Fekhar est à son 90e jour de grève de la faim. Une action qu’il a entamée, faut-il le rappeler, depuis le 3 janvier dernier. Les moult appels lancés par d’autres militants pour qu’il sursoie à son action n’ont pas eu d’effets sur lui. Il est convaincu que cette ultime action est seule à même de “secouer” les responsables de son arrestation. Selon son avocat, Me Salah Dabouz, le Dr Fekhar “est très affaibli”. L’avocat tire la sonnette d’alarme et dit craindre un remake de l’affaire du journaliste Mohamed Tamalt, décédé en prison des suites d’une longue grève de la faim. Hospitalisé au pavillon carcéral de l’hôpital de Laghouat, le Dr Fekhar, souligne son avocat, “ne vit que grâce à la perfusion”.
Une situation critique dans la mesure où le détenu a conçu sa grève comme un instrument politique et une action militante à travers lesquels il dénonce son arrestation et celle de plusieurs autres personnes dans la vallée du M’zab. Selon toujours son avocat, le détenu “demande que des plaintes soient déposées contre des responsables algériens à l'étranger”. Le but de cette action que Fekhar demande est “de pousser la justice algérienne à l'écouter”. Pour rappel, Kamel-Eddine Fekhar a été arrêté le 8 juillet 2015. La veille, rappelle son avocat, “une agression avait eu lieu à Guerrara où 23 personnes ont été assassinées” et “une réunion s’est tenue le 8 juillet à la Présidence en présence du chef de l’État, d’Ouyahia, de Sellal et d’un responsable sécuritaire consacré exclusivement à la situation qui prévalait à Ghardaïa”. Me Dabouz estime que l’arrestation de Fekhar et des autres citoyens de Ghardaïa “est une décision politique”. L’avocat rappelle qu’Ahmed Ouyahia, chef de cabinet à la Présidence, a accusé “des jeunes qui recevaient
50 000 DA par jour pour mettre le feu aux poudres dans la région”. Amar Saâdani, alors SG du FLN, a accusé, quant à lui, rappelle l’avocat, le général Toufik d’être derrière les événements. Selon Me Dabouz, toutes ces informations corroborent celles de Fekhar qui a exigé une commission d’enquête indépendante sur les événements. Me Dabouz a fait remarquer que lors des déclarations de Saâdani contre le général Toufik, “le ministre de la Justice et le président de l’APN étaient présents”. À ajouter aussi que le mois de février écoulé, la justice a enrôlé l’affaire devant la chambre d’accusation, avant de la renvoyer devant le tribunal criminel. Ce renvoi, de l’avis du collectif d’avocats des détenus de Ghardaïa, “n’est pas porteur d’espoir”. Ils ont considéré que ce renvoi de l’affaire par la chambre d’accusation devant le tribunal criminel “comme une fuite en avant” qui servirait “à justifier une détention” qui dure depuis près de deux années.

Mohamed Mouloudj

 

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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