Conférence de presse de l’avocat de Kamel Eddine Fekhar

«Nous avons décidé de saisir les instances internationales»

El Watan, 27 juillet 2015

Kamel Eddine Fekhar a peur pour sa vie», déclare son avocat Mohamed Salah Dabouz, lors de la conférence de presse tenue hier au siège du Mouvement démocratique et social (MDS) à Alger. Détenu à la prison d’El Ménéa, située à plus de 260 km de Ghardaïa, Kamel Eddine Fekhar est à l’isolement.

Le même traitement est réservé à son plus proche collaborateur, Kassem Soufeghalem. «Ils sont tous les deux séparés des autres prisonniers», affirme son avocat. Depuis son incarcération, Kamel Eddine Fekhar a décidé d’entamer une grève de la faim et n’accepte de «boire que de l’eau sucrée», rapporte son défenseur, qui dénonce le chantage de l’administration qui refuse de lui prodiguer des soins tant que ce dernier poursuit sa grève de la faim. «Ils lui ont dit : ‘‘mange d’abord, après on te soigne’’», révèle Me Dabouz, qui a pu rencontrer son client cette semaine et l’a trouvé très fatigué et inquiet face à la volonté du régime de lui faire endosser la responsabilité des heurts qui ont eu lieu à Ghardaïa et Berriane et ont fait une vingtaine de morts.

«Son arrestation et son incarcération sont des décisions politiques qui ne reposent sur rien», juge son avocat pour qui le sort de son client avait été scellé au plus haut niveau lors de la réunion du 8 juillet avec le président Bouteflika, son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, et le ministre d’Etat, directeur de cabinet à la présidence de la République, Ahmed Ouyahia.

Pour preuve, le défenseur de Fekhar s’appuie sur les déclarations du Premier ministre lors de son déplacement à Ghardaïa. «Quand Sellal est arrivé à Ghardaïa le 9 juillet, il a annoncé l’arrestation de Fekhar avant qu’elle n’ait lieu», rapporte son avocat, qui dénonce la procédure judiciaire qui a amené à cette arrestation, jugée «en totale violation de la loi». Pour le président de la LADDH, les forces de l’ordre ont agi sans mandat d’arrêt, mais sur instruction du procureur de la République «qui a ordonné à l’officier de police de procéder à l’arrestation de son client et de ses compagnons par tous les moyens». Ce qui fait dire à Me Dabouz que cela s’apparente à un blanc-seing délivré aux forces de l’ordre pour capturer son client «mort ou vif».

En outre, Me Dabouz a décidé, en concertation avec Kamel Eddine Fekhar, de faire appel aux instances internationales. Il a annoncé avoir contacté trois organisations non gouvernementales (ONG) dont il a refusé de révéler les noms. Une démarche qu’il juge nécessaire du moment que le régime a décidé de faire de son client un bouc émissaire. «Si on ne parvient pas à une très large mobilisation, je suis persuadé que mon client sera injustement jugé», estime Salah Dabouz. 
Mesbah Salim


Fekhar s’apprête à porter plainte pour torture contre la police

El Watan, 26 juillet 2015

Arrêté le 9 juillet dernier dans le sillage des événements tragiques qui ont fait une vingtaine de morts à Ghardaïa, le leader du Mouvement pour l’autonomie du M’zab, Kameleddine Fekhar, risque la prison à perpétuité. Fekhar aurait été torturé juste après son arrestation. Ses avocats s’apprêtent à porter plainte contre la police.

Kameleddine Fekhar, défenseur des droits de l’Homme et ancien militant du FFS, a entamé, aujourd’hui dimanche, son 12eme jour de grève de la faim dans la prison de Goléa au Sud de Ghardaïa. « L’état de santé de Dr Fekhar se détériore au fil des jours et les responsables de la prison refusent de le transférer à l’infirmerie », a affirmé l’un de ses avocats, Me Salah Dabouz, dans une déclaration à Elwatan.com.

Selon l’avocat, Fekhar a été « torturé » pendant son séjour au commissariat de Ghardaïa, entre le 9 et le 15 juillet derniers. « On m’a mis a genoux, le visage face au mur, et on m’a asséné des coups sur le cou. Je ne peux pas identifier mais j’ai vu qu’il (l’agresseur) portait l’uniforme blanc de la police scientifique », a témoigné Fekhar à Me Dabouz qui lui a rendu visite à la prison jeudi dernier.

Les avocats du leader mozabite, au nombre de trois pour l’instant, envisagent de porter plainte contre la police de Ghardaïa pour torture. La plainte sera déposée dans les prochains jours tandis qu'une vingtaine d’avocats dont Mokran Ait Larbi, ont exprimé leur volonté de rejoindre le collectif de défense de Dr Fekhar qui fait l’objet de 18 chefs d’accusations.

« Accusé de tous les maux de l’Algérie »

Il s’agit entre autres accusations d’atteintes à la souveraineté et à la sécurité nationales, incitation au meurtre, et attroupements armés. « Il est accusé de tous les maux de l’Algérie », ironise, amère, Me Dabouz en signalant que son client risque la prison à vie.

L’avocat a critiqué en outre le contenu de l’instruction donnée par le procureur de la République à la police de Ghardaïa afin d’arrêter Fekhar. Le procureur a employé la formule « arrêter avec tous les moyens », dans l’instruction et cela « met en danger la vie » du mis en cause.

Me Dabouz a indiqué que le collectif d’avocats a entamé des démarches auprès des ONG, avec lesquelles l’Algérie est liée par des conventions, pour assurer la défense de Fekhar sur le plan international. Une ONG – dont il n’a pas cité le nom, a déjà donné son accord pour soutenir Fekhar.

« L’affaire Kamel Eddine Fekhar a mis à nu la soumission de la justice au pouvoir politique (…) son arrestation est survenue suite à une décision politique et la justice s’emploie maintenant à lui trouver un cadre juridique », a dénoncé l’avocat, qui dirige une des ailes de la Laddh.

Farouk Djouadi

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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