Ghardaïa : Des armes et… des bombes artisanales récupérées

El Watan, 14 juillet 2015

Après la tragédie de la nuit de jeudi à vendredi derniers, le calme semble revenir à Ghardaïa, notamment à Guerrara, Berriane et au centre-ville, secoués par des actes de violence qui ont fait plus d’une vingtaine de morts et une centaine de blessés. La vallée du M’zab est désormais placée sous commandement militaire.

En termes clairs, c’est l’état-major du secteur militaire opérationnel de Ghardaïa qui coordonne, sous le commandement du chef de la 4e Région militaire, le général-major Cherif Abderrazak, «toutes les actions menées conjointement par les forces de police et de la Gendarmerie nationale, qui ont été renforcées en moyens humains et matériels», expliquent des sources proches de la police. Ce dispositif, ajoute-ton, a permis l’arrestation de 30 personnes, placées dimanche dernier sous mandat de dépôt. «Ces mis en cause sont soupçonnés d’avoir pris part aux attroupements armés et de détention d’armes à feu», révèlent nos interlocuteurs.

Selon eux, «l’arsenal récupéré est constitué de fusils de chasse, de fusils à pompe mais aussi de fusils de fabrication artisanale, avec des canons assez larges pour provoquer d’importants dégâts. Les bombes saisies dans les sous-sols de certaines maisons sont elles aussi fabriquées localement avec de la poudre mélangée à des boulons, des écrous, des clous et toute sorte de produits métalliques, pour faire le plus de victimes sur une distance assez grande, par rapport au lieu de l’explosion».

Les enquêtes se poursuivent toujours, selon nos sources, précisant que des équipes de la police scientifique ainsi que de la Gendarmerie nationale ont été dépêchées sur place pour expertiser les armes saisies et remonter aux auteurs d’homicide. «Nous agissons dans une région qui a ses spécificités. Lors des perquisitions, nous faisons tout pour éviter de toucher aux susceptibilités des uns et des autres. Dans ces régions, la majorité des maisons ont des sous-sols qui peuvent être utilisés comme des caches ou des atelier de fabrication d’armes. Nous en avons découvert certains, mais il faut du temps et la compréhension de tous pour pouvoir passer au peigne fin tous les quartiers qui ont connu des affrontements armés. Il y a aussi cette forêt, qu’est la palmeraie, sur laquelle on a entendu beaucoup de choses.

De nombreuses descentes y ont été effectuées, mais le résultat est très maigre. Il faudra du temps mais aussi des investigations poussées pour aller vers des points précis.» Les résultats de ces opérations, nous dit-on, prouvent qu’il y a eu une préparation. «Nous ne sommes plus dans une situation de maintien ou de rétablissement de l’ordre public, mais plutôt dans une situation de confrontation armée, pour ne pas dire de guerre. Que peuvent faire des gendarmes ou des policiers armés de matraques au milieu de deux communautés qui se livrent bataille à coups d’armes à feu ?

Il fallait passer à une autre étape et mettre en place un dispositif à la hauteur de la gravité de la situation. Il fallait non seulement renforcer les troupes, mais aussi mettre à leur disposition les moyens militaires adéquats», révèlent nos sources. Pour elles, le conflit entre malékites et ibadites ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait plus de 40 ans, disent-elles, que les deux communautés se confrontent et parfois à la suite d’une simple dispute entre deux enfants. «Mais cela ne les a pas empêchées de cohabiter. Jamais le conflit n’a atteint ce degré de violence.

Des facteurs exogènes se sont greffés, comme par exemple le trafic de drogue, le terrorisme, la contrebande, dont le terreau est l’insécurité, mais aussi, les idéologies extrémistes, véhiculées aussi bien par les salafistes que par certains courants rigoristes de l’une des trois écoles ibadites qui a pignon sur rue à la vallée du M’zab. A ces éléments, s’ajoutent d’autres facteurs, comme le recours aux réseaux sociaux, souvent pour attiser la violence et la haine entre les deux communautés. Le terrain est devenu favorable aux ingérence et manipulation étrangère.

Il faudra trouver les solutions adéquates à cette crise et éviter qu’elle déborde, ou qu’elle soit utilisée pour frapper la cohésion du pays. Aujourd’hui, il y a une réalité toute nouvelle. Les jeunes se démarquent davantage des institutions organisationnelles de la société mozabite. Ils sont de plus en plus nombreux à ne pas respecter l’autorité spirituelle, religieuse et sociétale. Il faudra peut-être revoir nos méthodes de communication et faire en sorte qu’elle ne se limite pas uniquement aux notables, mais soit plutôt élargie aux autres composantes de la société», soulignent nos sources.

Elles estiment que les dernières mesures «peuvent constituer une sortie de crise», parce qu’elles concernent le volet sécuritaire, mais également social. «Les mesures sécuritaires sont importantes pour une période, mais elles ne peuvent constituer la solution, qui doit être multisectorielle. Le président de la République l’a compris. Dans le dernier communiqué, il est fait état de la mise en place d’un programme d’urgence de développement pour la région. Cela est très important.

La situation de violence a poussé de nombreux opérateurs économiques à quitter Ghardaïa. Les projets sont à l’arrêt. Le marché du travail a chuté considérablement. Une fois l’ordre rétabli, il faudra encourager l’investissement dans cette wilaya qui a trop souffert. Cette mission incombe en premier lieu aux politiques», notent nos sources. Pour l’instant, affirment-elles, «les mesures sécuritaires commencent à porter leurs fruits.

Les arrestations parmi les fauteurs de troubles ont permis le retour au calme. Nos équipes de la police scientifique travaillent sans relâche pour identifier les auteurs des tirs ayant causé mort d’homme. Ce n’est pas facile. L’information est difficile à avoir. Il reste beaucoup à faire. Nous ne pensons pas avoir tout récupéré. La fabrication de cet armement n’est pas fortuite. Cela veut dire qu’il y a eu préparation et donc préméditation».

Dans quel objectif ? La réponse est difficile à obtenir, déclarent nos sources. «Il est certain qu’un événement a dû précipiter le passage à l’acte, qui n’était pas à l’ordre du jour, du moins, pour cette période. A ce stade de l’enquête, nous n’avons toujours pas de réponse. Cependant, il est certain que les perquisitions ciblées effectuées ont donné des résultats. L’enquête se poursuit, il n’est pas exclu que d’autres caches d’armes puissent être découvertes. Cela va prendre du temps, mais surtout nécessitera la collaboration de la population. Il y a une prise de conscience sur la gravité des faits et la confiance commence à être rétablie.»

Fekkhar sera déféré aujourd’hui au parquet

Arrêté durant les événements de Ghardaïa, Kameleddine Fekkhar, militant des droits de l’homme, sera déféré aujourd’hui devant le parquet de Ghardaïa, apprend-on de source sûre.

Il est soupçonné d’avoir fait l’apologie et derrière l’incitation à la violence, à travers la publication, via les réseaux sociaux, de communiqués et de photos sur les actes de violence survenus à Guerrara, Berriane et au centre-ville de Ghardaïa. Hier, des informations sur la Toile faisaient état de «sa disparition» des locaux de la police. S. T.

Salima Tlemçani


Ghardaïa : Fekhar détenu dans un « département de sécurité »

Hadjer Guenanfa, TSA, 14 juillet 2015

La famille de Kamel Eddine Fekhar a pu enfin avoir des nouvelles sur son lieu de détention, cinq jours après son arrestation. « Son frère Brahim s’est rendu, dimanche, à la Sûreté de wilaya hier. Ils lui ont dit qu’il n’était pas chez eux. Il a demandé le lieu de la détention. Ils lui ont répondu qu’il est au « département de sécurité » à côté de la station-service de Bouhraoua (Un quartier situé à moins de deux kilomètres du centre-ville) », affirme Hamou Chekebkeb, un proche de l’ancien président du bureau régional de la LADDH à Ghardaïa.

Lundi, le frère a été reçu au sein de ce département où il a pu rencontrer Kamel Eddine, selon notre interlocuteur. Il est détenu dans « un bâtiment orange sans indication ». « Le frère a rencontré Kamel Eddine qui est en bonne santé mais il a dit qu’il était sous pression. Qu’il y avait des interrogatoires continus pendant des heures », précise Hamou Chekebkeb.

Dans l’après-midi, le procureur a tenu un point de presse qui a tourné principalement autour de la détention de Kamel Eddine Fekhar. Il affirmé qu’il subissait le même traitement que toutes les autres personnes arrêtées après les derniers affrontements.

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
www.algeria-watch.org