« L’armée n’est pas préparée pour intervenir à Ghardaïa »

Achira Mammeri, TSA, 9 juillet 2015

Ahmed Adhimi, colonel à la retraite, est expert dans les affaires sécuritaires.

Le président Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire de superviser l’action des services de sécurité et des autorités locales à Ghardaïa. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Le président vient de créer un nouveau responsable au niveau de la wilaya. Il s’agit du chef de la quatrième région militaire. Ghardaïa n’est donc plus sous l’autorité du wali à partir d’aujourd’hui. C’est l’armée qui dirige.

Sommes-nous face à une situation proche de l’État d’urgence ?

Ni l’État d’urgence, ni l’État d’exception n’ont été décrétés par le président d’où la confusion. Le rôle de l’armée est bien définit dans la Constitution. Logiquement cette institution ne peut intervenir de cette manière si l’État d’urgence n’est pas décrété. Ce qui se passe à Ghardaïa est d’abord une affaire politique. Pourquoi vouloir impliquer l’institution militaire sur ce terrain ?
Mais à Ghardaïa le problème est d’abord sécuritaire après la mort d’une vingtaine de personnes…

C’est une tradition en Algérie. Chaque fois que les politiques échouent, ils font appel à l’armée. Le scénario est le même. Les militaires se déploient sur le terrain pour quelques mois, instaurent la sécurité, mais après leur retrait, puisque en l’absence d’État d’urgence ils ne peuvent rester très longtemps sur le terrain, la situation dégénère.

L’Armée est-elle prête à intervenir à Ghardaïa ?

Le président a fait appel à l’armée, sachant que l’institution est crédible, elle est respectée par la population, mais il a omis un détail important. Notre armée n’est pas préparée à jouer ce rôle. L’ANP peut mener des guerres, protéger nos frontières. Elle n’est pas prête à gérer la situation à Ghardaïa.

Le paradoxe c’est qu’en Algérie on demande à l’armée d’intervenir dans les questions politiques et on lui reproche après de le faire. J’aurais vraiment souhaité qu’on épargne à l’armée cette nouvelle polémique.

Quelle est le rôle de la gendarmerie nationale et de la police à Ghardaïa après la décision de Bouteflika de faire appel à l’ANP ?

La police et la gendarmerie continueront à exercer leurs missions. Mais leurs actions seront désormais chapeautées par l’armée. Le recours à l’armée, c’est d’abord un aveu d’échec de la part du président. Il s’agit de l’échec de la police et de la gendarmerie, des politiques, de l’administration et du mouvement associatif.

 
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