Annoncée pour le mois de juin

La visite de Bouteflika en France « ajournée »

Par M.Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 14 mai 2009

La visite du président Abdelaziz Bouteflika en France n’aura pas lieu avant la fin de l’année, a rapporté, hier, le journal Le Monde, qui parle d’un « report sans explications ». Le report se fait par référence à des annonces publiées dans la presse qui indiquaient que la visite en question aurait au mois de juin.

Officiellement, le principe d’une visite était admis mais jusqu’à présent aucune date officielle n’a été fixée. Alger comme Paris peuvent arguer de cette absence de date pour éviter de parler de « report ». On ne reporte pas une visite dont la date n’est pas encore fixée. Dans le pire des cas, on dira que la date de la visite est toujours en discussion et que cela dépendra du calendrier des deux chefs d’État.

Des sources françaises et algériennes, dans l’identité n’est pas révélée, citées par Le Monde, ont tenu à souligner que « l’ajournement » de la visite n’est pas lié à des problèmes politiques. «Il n’y a aucun problème sérieux, à l'heure actuelle, entre les deux pays » a indiqué la source française, « il vaut mieux réfléchir plutôt que de se précipiter » a précisé la source algérienne. Le journal Le Monde a tendance à privilégier l’idée que le report serait venu de l’Algérie après les critiques publiées dans la presse française au sujet de l’élection présidentielle. Cette explication est retenue même si des divergences d’ordre politique ne manquent pas. C’est le cas de la question du Sahara Occidental défend avec constance les thèses marocaines. Dernière manifestation de ce soutien, l’opposition de la France, le 30 avril dernier, à ce que le Conseil de sécurité de l’Onu donne mandat à la Minurso de surveiller la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental.

Mais les divergences sur la question du Sahara Occidental ont toujours existé entre Alger et Paris sans que cela ne constitue un obstacle essentiel dans la relation bilatérale. Il y a également la question de l’histoire coloniale. Le président de la République est revenu sur le sujet dans son message du 8 mai dernier en appelant à une « voie originale » pour tourner la « page noire ». Pour Abdelaziz Bouteflika, cette « voie originale » ne peut être le fait des historiens ou des sociétés civiles, elle doit donc être un acte politique entre les deux Etats.

Pas d’obstacle politique fondamental

En parallèle, à ce message du président sur la recherche d’une voie originale, des responsables algériens ont maintenu l’exigence de la « reconnaissance « et « repentance » officielle de la France pour les crimes coloniaux. Mohamed Cherif Abbas, ministre des moudjahidine a tenu à rappeler récemment que « l'incrimination et à la reconnaissance des crimes de guerre français sont toujours maintenues jusqu'à aboutissement ».

L’Algérie, a-t-il déclaré en marge du congrès de l'Association nationale des anciens condamnés à mort, « revendique toujours et depuis l'indépendance, l'incrimination de l'occupation française et la reconnaissance des crimes de guerre perpétrés contre le peuple algérien, notamment les essais nucléaires, les mines antipersonnel, outre les pertes occasionnées à la nature et à l'homme". Plus récemment, le président de l’APN, Abdelaziz Ziari, a déclaré qu’il « serait tout à l'honneur de la France et des Français de faire repentance de tous les crimes dont a été responsable le colonialisme en Algérie et ailleurs. Je suis sûr que cela se fera un jour ». Coté français, on ne semble guère, pour l’instant du moins, aller dans ce sens. Il faut également noter que cet aspect, en dépit de son importance, ne constitue pas une entrave fondamentale aux relations bilatérales. Les mesures dites de « patriotisme économique » prises par l’Algérie ont suscité des commentaires aigres-doux de la part des hommes d’affaires français. Mais la relation économique est trop largement profitable à la France et l’Europe pour qu’elle puisse constituer un problème. L’Algérie a en effet de bonnes raisons de vouloir changer un ordre des choses néfaste pour son économie. Il n’y a donc pas d’obstacle politique fondamental à une visite, médiatiquement annoncé pour le moins de juin, mais dont la date n’a toujours pas été officiellement fixée… Et qui donc, officiellement toujours, n’a pas à être « reportée ».

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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