FAROUK KSENTINI

“ Possibilité d’une loi complémentaire de la concorde civile”

Le Soir d'Algérie, 5 mai 2004

Dans un entretien publié hier dans le quotidien El-Bilad, le président de la Commission nationale consultative de promotion et protection des droits de l’homme, Farouk Ksentini, revient sur la situation actuelle des droits de l’homme dans notre pays. Concorde civile, liberté de la presse, dossier des disparus et code de la famille seront abordés dans cet entretien.
É numérant des incohérences et de nombreuses lacunes en matière de justice, de problèmes sociaux (logement, santé, travail) et dans les relations du citoyen avec l’administration, Farouk Ksentini se félicitera de l’amélioration de la situation générale par rapport à l’année dernière. Prônant un renforcement des libertés individuelles et une solution nécessaire pour la crise en Kabylie, le président de la commission nationale évoquera à plusieurs reprises le grand point positif et le “bond vers la démocratie” que constituent les dernières élections présidentielles. Interrogé sur le “devenir des groupes terroristes armés qui pourraient se rendre si un cadre législatif était mis en place”, Farouk Ksentini n’écarte pas la possibilité d’une loi complémentaire de la loi sur la concorde civile. Prudent, il rappellera que le rôle de sa commission se résume à l’observation et à la consultation et que la “promulgation d’une loi complémentaire ou d’une toute autre loi reste du ressort du président de la République”. Concernant la presse, le défenseur des droits de l’homme soulignera la nécessité d’une “structure de surveillance rigoureuse se dressant en obstacle contre l’injure à la télévision et dans certains journaux”. Au même titre, il qualifiera d’intolérable “le fait que la télévision demeure le monopole de l’Etat”. Par ailleurs, le dossier des disparus sera abordé. Partageant le mécanisme de travail concernant ce dossier en trois étapes , Farouk Ksentini expliquera que dans un premier temps une enquête a fixé leur nombre final et officiel à 7200. Dans un second temps, poursuivra-t-il, le débat a été ouvert avec la société civile, des structures politiques, des experts et des organisations internationales. Et ce, avant d’arriver à la dernière étape (en cours) consistant à la réflexion pour trouver une solution. Solution dont le socle essentiel, selon Me Ksentini, est représenté par les indemnités. “90% des familles des disparus ont une réaction positive à cette solution”, argumentera-t-il, en ajoutant que les “10% restants n’acceptent en fait aucune des solutions proposées”. Enfin, le président de la CNCPPDH se montrera favorable à la révision du code de la famille mais en rejetant son abrogation “à condition que la révision ne soit pas superficielle”. “La Constitution est le texte qui consacre l’égalité entre la femme et l’homme”, conclura-t-il.
S. B.

 

 
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