RÉCONCILIATION NATIONALE: LES LEADERS ISLAMISTES

«Le président a agi dans les limites des équilibres»

L'Expression, 16 août 2005

Ni très séduits ni très déçus, ils font preuve d’un réalisme politique exceptionnel.

Le discours du président de la République sur la réconciliation nationale et l´amnistie générale n´ a pas déçu les islamistes au point qu´on pensait. Réagissant avec un réalisme tout à fait exceptionnel pour un mouvement qui n´a pas fait preuve d´un sens de la mesure par le passé, ils estiment, dans leur ensemble, que " le président a donné le meilleur de lui-même, et que l´étape actuelle ne constitue pas une fin, et qu´il ne faut pas refuser les petites avancées acquises, tout en continuant à faire valoir nos droits à l´expression politique ". Pour Madani Mezrag, ancien émir national de l´Armée islamique du salut (AIS, branche armée du FIS, ndlr) le discours de Bouteflika est allé " aux extrêmes limites de ce que peut concéder l´Etat aujourd´hui . Il explique: Il serait puéril de croire que tout dépend du président. Les plaies sont encore grandes-ouvertes et les enjeux si importants qu´on n´ose pas croire à plus que ce qu´il a dit et fait. Il y a des équilibres politiques et sociaux à respecter, comme il le dit lui-même (...). Bien sûr, il a mis toute la tragédie qu´a vécue l´Algérie sur le compte du FIS et nous a exclus de toute activité politique.
C´est un fait. Mais est-ce pour autant que nous allons, d´un revers de main, faire table rase de toute cette avancée qu´il a opérée par le biais d´un discours fédérateur et pacifique? Soyons réalistes: il y a des faits nouveaux dans cette charte pour la réconciliation. Prenons ce qu´i y a de bon dans cette nouvelle étape, et demandons, un autre jour, nos droits et notre part de vérité. Pour l´instant, il y a une concorde, une paix à établir, alors aidons le président à fond et ne pensons pas à nos petites personnes. L´autre ancien chef de l´AIS, Ahmed Benaïcha est plus nuancé: Le discours du président a été clair et son projet de charte est une nouvelle étape dans le sens d´une réhabilitation de la paix civile en Algérie. Je pense que c´est déjà un grand pas fait vers la solution finale, car je conçois que la solution définitive est à venir. Les équilibres dont parle le président ne permettent pour le moment, pas d´espérer plus que cela, et la solution finale viendra dans une ultime étape. Nous sommes réalistes et nous serons impliqués à fond dans tous les efforts qui seront faits pour aider l´Algérie à dire adieu à la guerre .
Ahmed Merrani, ancien membre fondateur du FIS, devenu sénateur du tiers-présidentiel, trouve qu «après douze années de crise et de tueries, il est temps que tout cela cesse et qu´une solution finale trouve sa voie. Nous sommes conscients de toutes les contraintes qui existent encore, mais il faut oeuvrer à pousser les choses plus en avant. Pour un premier temps, les mesures prises vont remettre de l´ordre, après cela, on pourra discuter de certains détails qui pénalisent les uns ou les autres. Il n´y a pas de sécurité, ni de paix sans ces nouvelles mesures, bien qu´elles peuvent constituer pour certains une voie de transit vers la solution finale».
En fait, pour les autres, les conclaves vont commencer, et l´on devine que les polémiques seront houleuses. Ali Djeddi et Mustapha Kertali, deux autres figures de l´ex-FIS, ne trouvent pas assez de motifs politiques pour s´exprimer sur la question et préfèrent «parler lorsqu´il y aura plus de visibilité (dixit Djeddi) ou que» «ce que le président a dit est assez clair en soi avec tout ce qu´il comporte de recul ou d´avancées par rapport à la concorde civile».

 
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