Affaire des anciens otages

La Suisse a versé 4,5 millions de dollars au GSPC

Le Quotidien d'Oran, 18 mai 2004

Après l’Allemagne convaincue d’avoir payé une rançon pour libérer ses 17 otages détenus durant 7 mois par le GSPC au Mali et en Algérie, c’est au tour de la Suisse de révéler qu’elle a eu, également, à dépenser de l’argent en contrepartie de leur libération.

Au royaume du secret financier, la transparence helvétique peut jouer des tours ironiques. Ainsi, c’est en examinant les comptes fédéraux du gouvernement pour l’exercice 2003 que le magazine «NZZ am Sonntag» a découvert que la Suisse avait dépensé 6 millions de francs suisses, soit 4,6 millions de dollars pour obtenir la libération de ses quatre otages kidnappés en février 2003 par le groupe GSPC de Abderezak

El-Para, à Illizi. Le document financier des dépenses gouvernementales indique, pudiquement, que cette somme correspond à: «la dépense imprévue et pressante en relation avec la protection consulaire». Ces dépenses qui ont été effectuées par le ministère suisse des Affaires étrangères sont cataloguées comme «une contribution» du gouvernement fédéral dans la libération de ses quatre ressortissants, en l’occurrence, Graf de Sibylle, Marc Hediger, Silja Stäheli et Reto Walther, des motards qui s’étaient aventurés, sans guide dans le Tassili.

A l’époque, le gouvernement allemand avait créé un pool commun avec l’Autriche, la Suisse et les Pays-Bas, pays ayant eu des ressortissants pris en otages, en Algérie et au Mali, afin de décider de la démarche à suivre dans les négociations avec les salafistes algériens. Selon les médias allemands, Berlin a dépensé près de 30 millions de francs suisses, soit 23 millions de dollars dans les opérations liées à la libération de ses ressortissants. Une partie de ces dépenses, estimée à

6 millions de dollars, a été versée aux ravisseurs du GSPC après des négociations qui ont duré deux mois, au nord du Mali.

Le reste des dépenses allemandes est à intégrer dans l’affrètement d’avions spéciaux, les salaires et primes des diplomates et autres membres des services spéciaux ainsi que dans l’utilisation de drones allemands dans les zones de fouilles.

Pour la Suisse, les dépenses consenties pour libérer les otages sont estimées à 1 million de francs suisses, pour le déploiement de 20 diplomates entre l’Algérie et le Mali, durant une période de 5 mois. Or, 5 millions de francs suisses ne sont pas comptabilisés et auraient atterri dans les caisses du GSPC selon les médias suisses. Pourtant, Berne avait toujours nié avoir dépensé de l’argent comme l’avait indiqué le porte- parole du MAE suisse, Alessandro Delprete qui a souligné que «la Suisse ne veut pas discuter publiquement des coûts impliquant la libération des otages».

Les otages suisses ont d’ailleurs versé, via leurs compagnies d’assurances, 65.500 francs suisses, chacun, en guise de contribution aux frais engagés par le gouvernement pour leur libération. Une polémique a d’ailleurs éclaté entre les anciens otages, d’une part, et Berlin et Berne, d’autre part, quant à la responsabilité financière des premiers à assumer financièrement les dépenses engagées pour leur liberté.

Mais dans ce débat qui reflète l’ambiguïté des gouvernements allemand et suisse, à monnayer la libération de leurs ressortissants avec des terroristes recherchés, cet argent n’est pas parti en fumée du moment que le GSPC s’est considérablement renforcé en armes et munitions grâce aux rançons versées. Reste qu’aucun de ces gouvernements européens n’a jugé utile d’indemniser l’Algérie, du fait que le gouvernement algérien a engagé des frais dans les recherches et la traque du GSPC, largement supérieurs à ceux des Etats européens concernés par les otages.

Mounir B.

 
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