LES REBELLES TCHADIENS SE LIVRENT A UNE SURENCHERE

Abderezak El-Para protégé par la non-ingérence

Le Quotidien d'Oran, 19 juillet 2004

Le MDJT tchadien qui détient l’«émir» du GSPC, Abderezak El- Para, a réaffirmé qu’il était «disposé à remettre le prisonnier, sans conditions, à l’Algérie», en guise de réponse aux déclarations du ministre algérien de l’Intérieur. Une surenchère qui dissimule un jeu trouble du mouvement rebelle tchadien.

Moins d’une journée après que le ministre de l’Intérieur, Nouredine Yazid Zerhouni ait fait état de «discussions» pour extrader et juger Amari Saïfi, alias Abderezak El-Para, sans préciser les parties avec lesquelles ces tractations sont menées, le MDJT tchadien qui détient l’«émir» du GSPC dans le Tibesti a réagi en soulignant sa disponibilité à livrer le chef terroriste: «c’est nous qui avons contacté les autorités algériennes, le 27 mars dernier, dès que nous avons fait des prisonniers», a indiqué Aboubakr Rajab-Dazi, porte-parole du mouvement basé à Libreville et contacté depuis Paris par l’AFP. Rajab-Dazi ajoutera, néanmoins, que: «le seul problème qui se pose, ce sont les modalités techniques de l’opération. Tout ce que nous voulons c’est que les Algériens viennent le chercher». Cette nouvelle surenchère du mouvement rebelle, à l’heure où l’opération de négociations est menée, semble destinée d’abord à dédouaner le mouvement du MDJT des accusations de collusion avec les salafistes algériens. En remettant la pression sur Alger, le mouvement tchadien prend à témoin l’opinion internationale sur la prétendue volonté des rebelles tchadiens à coopérer avec les Algériens et d’autres états intéressés par l’extradition du para. Or, le MDJT sait pertinemment la réalité de la position algérienne sur ce dossier et dont l’émissaire du MDJT venu à Alger, en mars dernier, connaît la substance. Alger veut évidemment récupérer Abderezak El-Para mais pas à n’importe quel prix. De plus, les difficultés du transfert de l’«émir» salafiste du Tchad vers l’Algérie ne butent pas sur des problèmes techniques mais bel et bien sur des blocages d’ordres politique et diplomatique. Car étant l’Etat africain qui a impulsé la convention africaine de lutte contre le terrorisme de l’ex-OUA (UA actuellement), au sommet d’Alger, en juillet 1999, l’Algérie ne peut transgresser les règles qu’elle a, elle-même, mises en chantier en Afrique. Deux d’entre elles supposent la non-ingérence dans les problèmes internes aux Etats africains et de ne pas soutenir, politiquement, ni financièrement, ni logistiquement, ni moralement les mouvements rebelles, séparatistes, terroristes ou putschistes qui menacent les Etats africains légaux. La position algérienne prend en considération ces deux paramètres dans le dossier d’El-Para. Comment récupérer un terroriste détenu par un mouvement lui-même rebelle et terroriste selon N’Djamena, dans le territoire souverain du Tchad, sans heurter le gouvernement d’Idriss Deby ? Comment organiser une exfiltration légale d’El-Para, en ayant l’accord de tous les Etats africains environnants impliqués dans la guerre civile au Tibesti dont le Niger et la Libye, où le MDJT dispose de groupuscules actifs dissidents ?A ces interrogations, le MDJT fait semblant de ne pas les avoir assimilées, en voulant sauver la face. Les Algériens ne sont pas certains qu’Abderezak El-Para ait été fait prisonnier par le MDJT et que ce ne soit pas ce mouvement qui lui a d’abord donné refuge. Les services occidentaux avaient déjà révélés que le MDJT était en liaison avec le GSPC qui, à coups de milliers d’euros, représentait une alternative de financement intéressante pour les armes dans la perspective de faire tomber le gouvernement tchadien, souci majeur du MDJT. Beaucoup de zones d’ombres persistent autour de ce mouvement, surtout après que son ancien parrain libyen, qui connaît mieux que quiconque les dessous de cette rébellion, ait lui-même menacé le MDJT de représailles en cas de non-livraison de l’«émir» salafiste. De ce fait, on verrait mal comment Alger ferait atterrir un avion-cargo, en plein désert du nord tchadien, sans l’autorisation formelle de N’Djamena, solution avancée par le MDJT. Ce serait une violation de l’intégrité du Tchad qui, malgré la puissante volonté de récupérer El-Para, demeure dans les faits infaisable. Surtout pas en traitant directement avec un mouvement rebelle qui risque d’être catalogué de «terroriste» par le département d’Etat américain.

Mounir B.

 

 
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