El Para ne sera pas présent à la barre

Procès de cinq chefs du GSPC aujourd’hui à Alger

Par Nissa Hammadi, La Tribune, 13 juin 2005

Le numéro deux du GSPC, Abderrezak El Para, de son vrai nom Amari Saïfi, ne sera pas présent à la barre aujourd’hui, apprend-on de source proche du parquet général. Pour la justice, lui et Azzouz Mohamed Cherif sont toujours en cavale. «Nous ne les avons pas entendus. Juridiquement donc, pour nous, ils sont en fuite.» La mention de non détenu est portée devant le nom de l’accusé El Para sur le rôle de la session criminelle. Le ministre de l’Intérieur avait pourtant annoncé que les autorités libyennes avaient remis El Para aux autorités algériennes. Une dépêche de l’agence APS, datée du 24 avril 2005, a confirmé qu’Amari Saïfi avait été remis à la police judiciaire dès son extradition le 27 octobre 2004. Alors pourquoi n’a-t-il pas été présenté à la justice jusqu’à présent ? «Le travail des services de renseignements n’est peut-être pas terminé», nous répond-on au niveau de la justice. Amari Saïfi pourrait, en effet, donner des informations sur l’organisation du GSPC à l’intérieur du pays, évoquer ses relations avec les pays du Sahel et Al Qaïda et la teneur du message de l’émissaire de cette organisation terroriste, le Yéménite Imad Abdelouhed Alouane, tué dans une embuscade près de Batna en septembre 2002. Il pourrait également raconter comment a été organisé le rapt des 32 touristes européens en mars 2003, l’épisode de l’acheminement des armes vers l’Algérie et le pourquoi de la poussée vers le Tchad. Mais est-ce réellement la seule raison à sa non-présentation à la justice ? En revanche, Nourani Salah Eddine, absent lors de la précédente audience, a été ramené de Constantine où il était détenu pour une autre affaire et sera donc jugé avec quatre autres éléments du GSPC ce matin.
El Para sera certainement condamné par défaut puisque, pendant l’instruction, son nom a été cité à plusieurs reprises par les coaccusés, ajoute notre source. Les éléments du GSPC devront répondre des crimes de constitution de groupe terroriste armé, de port d’armes et d’explosifs utilisés contre les éléments des services de sécurité, d’actes de sabotage, de meurtres prémédités et de rackets en tous genres contre les citoyens, comme le stipule l’acte d’accusation. Abderrezak El Para passait aux yeux des services de renseignements américains comme l’un des terroristes islamistes les plus puissants de la région du Sahel.
Natif de la wilaya de Guelma, Amar Saïfi a été libéré des effectifs de l’ANP (troupes spéciales de Biskra) en 1991 après l’expiration de son contrat. En 1999, il rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) créé par Hassan Hattab qui venait de quitter le GIA. Il participe à plusieurs actions terroristes. A son actif, l’embuscade contre une patrouille de l’ANP aux environs de Theniet El Abed en janvier 2003, qui s’est soldée par la mort de 43 militaires. En janvier 2002, il attaque une patrouille de gardes communaux à Aïn Fouris, dans la wilaya de Tébessa. Bilan : 10 morts. Il est également l’auteur du kidnapping du sénateur Mohamed Boudiar, toujours dans la wilaya de Tébessa, et de l’enlèvement de 32 touristes (Allemands, Suisses, Néerlandais et Autrichiens) en février 2003 dans la wilaya d’Illizi. L’assaut lancé par les forces de l’ANP a permis la libération d’un groupe d’otages au nombre de 17. Les autres otages seront conduits au Mali où ils seront échangés contre une rançon évaluée à 5 millions d’euros payée par Berlin. Pourchassés par les forces de sécurité du Mali et du Niger, ils seront arrêtés, lui et 16 de ses acolytes, par un groupe armé tchadien, le MJDT, puis extradés au bout de plusieurs mois vers l’Algérie.

N. H.


LE PROCES S’OUVRE AUJOURD’HUI

«El-Para» sera jugé par défaut

Le Quotidien d'Oran, 13 juin 2005

La session criminelle de la cour d’Alger ouvre, aujourd’hui, le procès de six terroristes dont l’un des inculpés n’est autre que Saïfi Ammari, ex-numéro 2 du GSPC, connu également sous le pseudonyme de «Abderezak Al-Para». Initialement enrôlé pour la précédente session criminelle, le procès se tiendra, s’il n’y a pas de nouveau report, sans la présence de «l’homme aux sept alias».

Les six inculpés sont poursuivis pour «appartenance à un groupe terroriste», selon l’article 87 bis, alinéas 1, 3, 4 et 5 du code pénal. Le procès, initialement programmé pour la session criminelle du mois d’avril dernier, avait été reporté pour cause de non-présence d’un des inculpés, en l’occurrence Salah Eddine N. qui n’avait pas été transféré de la prison de Constantine où il était détenu. «Abderrezak El-Para» sera jugé dans cette affaire «par défaut», avons-nous appris de sources judiciaires. Cela a plus trait à sa «qualité» d’ancien chef de groupe terroriste. D’autant que ce n’est pas la seule affaire où Saïfi Ammari, ex-numéro 2 du GSPC, connu également sous les noms d’»Al Para», de «Abderezak», d’»Abou Haidara», d’»El-Ourassi», de «Abderezak Zaimeche», d’»Abdul Rasak Ammane Abu Haidra» ou de Abdelrazak», est cité. «Ce terroriste est impliqué dans plusieurs affaires. A chaque fois qu’un groupe terroriste est démantelé et que ces membres sont appréhendés, le nom de «Abderrezak El-Para» est évoqué puisqu’il était numéro 2 du GSPC, au moment des faits», précise-t-on.

Dans le milieu judiciaire, deux thèses sont évoquées dans son cas. La première est que Saïfi Ammari aurait à répondre affaire par affaire. Donc pour chaque procès-verbal de la police judiciaire ou pour chaque instruction menée et dans lesquels son nom apparaît. Ce qui prendrait énormément de temps et entraverait, quelque peu, l’action de la justice. Concernant la seconde thèse, l’on n’écarte pas un grand procès qui aurait trait uniquement à Saïfi Ammari et dans lequel ce dernier répondrait pour toutes les affaires criminelles et terroristes où il est impliqué.

Détenu dans une prison algérienne depuis son exfiltration du Tchad, le 27 octobre 2004, le procès de «l’émir du désert», tel que l’ont surnommé certains médias, est attendu par bon nombre d’observateurs et spécialistes du terrorisme. La cavale de Saïfi Ammari aura duré près de 12 ans. Ancien sous-officier des forces spéciales à Biskra, il a quitté les rangs de l’ANP en 1991. «Abderrezak Al-Para» rejoindra ceux des terroristes du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, en 1999. Entre autres actions sanglantes, il dirigera une embuscade tendue à une patrouille de l’ANP, en janvier 2003, dans la région de Theniet El-Abed. Elle s’est soldée par le lourd bilan de 43 militaires tués. Il s’était attaqué, également, durant la même année, à une patrouille de la garde communale à Aïn Fouris, dans la wilaya de Tébessa en faisant 10 morts. Saïfi Ammari se fera connaître sur la scène internationale après l’enlèvement de 32 touristes étrangers (allemands, suisses, néerlandais et autrichiens), en février 2003, dans la wilaya d’Illizi. Les forces de l’ANP avaient réussi la libération de 17 otages. Conduits par le groupe terroriste hors des frontières algériennes, au Mali, les autres otages seront libérés contre une rançon de 5 millions d’euros. Cette prise d’otages lui vaudra d’être pourchassé dans les pays du Sahel.

Prétendument détenu depuis mars 2004 par le mouvement rebelle du MDJT, «Abderrezak El-Para» sera exfiltré de la région du Tibesti, au nord du Tchad, vers la Libye, puis l’Algérie.

Samar Smati


 
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Touristes enlevés dans le Sahara  
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