ABDERREZAK EL-PARA EXTRADÉ VERS L’ALGÉRIE

Le coup de maître d’Alger

L'Expression, 30 octobre 2004

L’exceptionnel périple de l’enfant de Guelma prend fin après une cavale de douze ans.

Le numéro 2 de la hiérarchie militaro-terroriste du Gspc, Amari Saïfi, plus connu sous son nom de guerre Abderrezak El Para ou encore Abou Haydara, a é té remis aux autorités algériennes, a annoncé la télévision nationale algérienne. L’information, rendue officielle jeudi, met fin à sept long mois de spéculations, et de conjectures de la presse, ainsi qu’à la détention du chef de guerre salafiste par le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad, dans une zone de guerre, le Tibesti, alimentant de vives tensions entre N’djamena, Tripoli et Alger. La Libye, investie de mission par Alger, devait jouer le rôle d’ intermédiaire et convaincre le mouvement d’opposition armée, le Mdjt, de remettre le prisonnier aux autorités algériennes. Ce fut un colonel libyen de l’armée, spécialiste du dossier Tchad, qui fut chargé de la mission. Le Mdjt remit d’abord à Tripoli deux prisonniers du Gspc, mais le geste a été considéré comme insuffisant. Le Mdjt tergiversait, Tripoli menaçait, Alger s ’ impatientait et le régime Deby, qui ne reconnaît le Mdjt que comme un groupe terroriste, accusait Alger de négocier avec des rebelles tchadiens. C ’ est dire que l’imbroglio politico-sécuritaire a été, à ce point, manifeste pour pousser certains analystes européens à affirmer que le Para est devenu « un homme encombrant dont personne ne veut». Même prisonnier, El Para avait créé un véritable incident diplomatique entre l’Algérie et le Tchad. Finalement, le lobbying de Tripoli a porté, grâce à l’aide que la Libye a toujours apportée à la rébellion du Mdjt depuis l’époque de Togoïmi. Considéré comme le numéro 2 du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (Gspc), Amari Saïfi, ne présente aujourd’hui que peu d’intérêt pour les services spéciaux algériens. Le chef de la zone opérationnelle numéro 5 du Gspc est entré en dissidence avec l’émir national, Hassan Hattab, à la fin de l’année 2002. C’est à cette époque qu’il «réceptionne» Imad Abdelwahid Alouane, dit Abou Mohamed El Yamani, un émissaire d’Al Qaîda pour la région sahélo-maghrébine, et à qui il refuse la rencontre avec Hattab, estimant être un leader à part entière pour discuter directement avec lui du Gspc. Le Yéménite fut retenu à Batna jusqu’en septembre 2002, où il tomba dans une embuscade tendue par un détachement de l’armée. Au début de l’année 2003, le Para sollicite Mokhtar Belmokhtar, dit Khaled Laouer ou encore Abou El Abbès Khaled (c’est sa signature des communiqués émanant de la zone 9 Sud du Gspc), et communément désigné par l’acronyme MBM, et part pour le Sud: c’ est la rupture définitive avec le Gspc historique. Le rapt, en mars 2003, de 32 touristes européens obéit à sa logique de créer un nouveau leadership. Ce coup d’éclat médiatique le fait sortir de l’ombre de Hattab et lui donne une notoriété internationale par le biais des médias occidentaux qui se saisissent de l’affaire. Un reporter de Paris Match qui l’a rencontré au Tibesti en fait un portrait édifiant. Emu, le journaliste français le place « entre Mahomet et Jésus». Les yeux verts, la stature haute et le verbe sentencieux du prisonnier l’avaient, à ce point, frappé et décontenancé. L’ exceptionnel périple de cet enfant de Guelma l’a mené des maquis de l’Est algérien vers Illizi, Tamanrasset, puis vers Kidal, au nord du Mali, où il relâcha les quatorze derniers captifs européens et empocha cinq à six millions d’euros, montant de la rançon versée par le gouvernement allemand. De là, il pénétra dans le Ténéré nigérien, puis au Tibesti tchadien où il tua, pavoise-t-il, «quelque 62 militaires» de l’armée de N’djamena, avant de tomber prisonnier dans la zone de guerre contrôlée par le Mdjt. Né le 1er janvier 1968 à Guelma, selon l’avis de recherche lancé contre lui par la Gendarmerie nationale, ou le 23 avril 1966 à Guelma, selon les services de renseignement de l’armée, Amari Saïfi avait été, jusqu’en 1992, un djoundi contractuel - et non un officier déserteur - des troupes spéciales. Combattant au sein du GIA jusqu’en 1995, il était un des hommes forts des maquis de l’Est, avec Redouane Achir, Nabil Sahraoui, Abou Moussaâb. En 1996, il prend ses distances avec Antar Zouabri et participe à la constitution du Gspc, avec Hassan Hattab, alors chef de la zone 2, Abi Abdelaziz dit Okacha El Para, Abdelhamid Saâdaoui, Abou El Bara, Mouffok, Amirouche Mazari, etc. Le petit djoundi contractuel, qui a quitté Alger en 1992, l’a retrouvé en 2004. Douze ans ont passé et le petit desperado est devenu un djihadiste transnational reconnu.

Fayçal OUKACI

 

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