APRES LES MENACES DU GSPC CONTRE LES ETRANGERS

Les services de sécurité en état d’alerte

Le Quotidien d'Oran, 19 juin 2004

Deux semaines après les menaces du GSPC contre les étrangers, les forces de sécurité ont haussé le niveau d’alerte afin de parer à un attentat ciblant des ressortissants ou des installations étrangères. Preuve que la menace salafiste est prise au sérieux.

Abou Ibrahim Mustapha, l’émir du groupe salafiste n’a pas dissimulé ses intentions dès sa prise de contrôle du GSPC après la mise à l’écart de Hassan Hattab. Pour palier les défections des terroristes enclins à la reddition et pour faire face à la fonte de ses effectifs -les experts évoquent la baisse de 450 à 290 terroristes-, Nabil Sahraoui avait, dès octobre 2003, annoncé la couleur : cibler les étrangers. Si ces menaces n’étaient pas à l’époque palpables, elles sont actuellement prises très au sérieux par les chancelleries occidentales à Alger dont la plupart ont réduit de leurs activités protocolaires.

Ce n’est pas la psychose, mais le dernier communiqué du GSPC, N°06125, daté du 6 juin dernier, avait rendu cette menace explicite : « la guerre est déclarée contre tous les étrangers, leurs intérêts en Algérie et leurs installations et infrastructures qui ne seront pas épargnés». Ce « Djihad » proclamé contre les ressortissants étrangers, déclenché en pleine Foire Internationale d’Alger, devait inciter les pays occidentaux les plus ciblés, au nom d’une solidarité agissante avec les islamistes d’Al-Qaida en Irak et en Afghanistan. Ce ne fut pas le cas. Plusieurs exposants ont suivi scrupuleusement les consignes de sécurité édictées par leurs ambassades respectives dans une zone sécurisée aux Pins Maritimes. Le dispositif mis en place par la police algérienne, doublé pratiquement lors de la visite du ministre français de l’Economie, Nicolas Sarkozy, avait tenu ses promesses. Aucune alerte n’a été signalée.

Or, depuis quelques jours, un renforcement visible des points sensibles dans la capitale est observé. Les axes menant aux ambassades sont filtrés, les patrouilles de police sont multipliées autour des lieux où peuvent se concentrer des étrangers et les accès à Alger sont passés au peigne fin à travers des barrages mobiles et fixes. Un dispositif classique en terme de riposte mais qui a été étendu autour des infrastructures étrangères, essentiellement économiques, sur l’ensemble du territoire algérien.

Certes, les spécialistes estiment qu’Alger est « globalement sécurisée » depuis des années, mais ces menaces sont prises en considération par les chancelleries dont les pays sont engagés dans le conflit irakien. Les ambassades d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et des Etats-Unis sont passées à un autre niveau de sécurité alors que l’ambassade de France a également adopté des mesures plus strictes malgré sa position en Irak. Et ceci, depuis que deux ingénieurs français, travaillant sur un barrage du côté de Palestro, ont été au coeur d’une fusillade entre des terroristes du GSPC et un convoi de la gendarmerie nationale. Les chancelleries occidentales ont mis en garde leurs personnels diplomatiques de ne pas trop s’exposer, d’éviter des lieux publics dans des quartiers répertoriés dangereux, d’éviter les églises, de diminuer de la fréquentation des centres culturels, de ne pas se déplacer sans raison, la nuit, et de surveiller leurs contacts. Le personnel de sécurité a été renforcé et les congés suspendus pour certains membres des unités d’élite qui protègent les ambassades et leurs premiers responsables.

Pour les installations économiques, les mesures sont encore plus draconiennes puisque les Américains redoutent, le plus, des attentats dans le Sahara contre les installations pétrolières. Or, sur ce plan, ces zones sont sécurisées de par le relief naturel et par les restrictions de sécurité qui décourageraient n’importe quel agresseur. Mais, selon des diplomates étrangers, l’hypothèse d’un « attentat suicide avec un véhicule bourré d’explosifs » est celui qui est le plus envisagé par les consultants en matière de sécurité. La prise d’otages, dans le complexe pétrolier de Yanbou, a mis en relief l’impossibilité de sécuriser à « 100% » n’importe quel site sensible même si, en Algérie, et durant une décennie d’attentats, aucune installation stratégique n’a été atteinte au Sud, mis à part des bombes artisanales déposées le long des oléoducs qui remontent vers le Nord.

Cette équation ne saurait être vérifiable que si l’on analyse minutieusement la capacité de nuisance actuelle du GSPC. Si les diplomates occidentaux sont sur la défensive, la raison en est que les salafistes, sous la conduite de Nabil Sahraoui, ont repris l’initiative du terrain. Pas moins de 5 embuscades, en l’espace d’un mois, contre des convois militaires en Kabylie, qui ont semé la mort mais aussi le doute sur l’endiguement réel du GSPC. Lourdement armés, organisés, groupuscules regroupés en noyau dur autour de la zone 2 du GSPC, les salafistes semblent vouloir rendre crédibles leurs menaces en s’attaquant aux militaires, démontrant une maîtrise de la guérilla en se voyant assurés d’un effet psychologique certain. Le message étant que le GSPC peut frapper n’importe quelle cible même la mieux protégée et la plus armée.

Dans sa recherche de notoriété internationale, le GSPC, version Sahraoui, veut apparaître comme un maillon agissant dans la nébuleuse islamiste qui s’attaque, partout dans le monde, aux Américains. Les contacts entrepris avec des cadres du groupe irakien, affiliés à Al-Qaida « Ansar Allah », sous la conduite du Jordanien Zarkaoui, ont permis au GSPC de disposer d’éléments qui sont en train de s’aguerrir en Irak contre les GI’S. Selon les spécialistes, des islamistes algériens ont infiltré le contingent des volontaires en partance vers l’Irak via la Syrie, en février 2003, pour rejoindre les groupuscules sunnites irakiens. La hantise des services de sécurité est que certains d’entre eux reviennent, porteurs d’une stratégie symétrique avec Al-Qaida et se mettent à tenter des attentats suicides en Algérie. Ces éléments peuvent élargir l’éventail des cibles et des méthodes contre les étrangers. En l’espace de 9 années, l’Algérie a connu des attentats contre des étrangers faisant 113 morts dont une majorité de Français. Les cibles étaient déjà diversifiées contre les restaurants fréquentés par des étrangers (12 Croates tués au parc zoologique), des attentats ciblés (6 Russes à Annaba), des crimes osés (12 marins italiens à Djendjen), des prises d’otages (32 Allemands, Autrichiens et Suisses kidnappés à Illizi), des attentats contre des symboles religieux (Mgr Claverie à Oran) mais l’Algérie semble devoir affronter une menace d’un nouveau type venant d’Irak.

Mounir B.

 

 
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