Affaire des otages détenus par le GSPC

La rançon et le refuge au Mali

Le Quotidien d'Oran, 4 août 2003

Le gouvernement allemand ne serait pas disposé à payer les 65 millions d’euros aux ravisseurs du GSPC qui détiennent toujours les 14 Européens dans le désert de Kidal, au nord du Mali. Les diplomates allemands ont réser-vé leur réponse aux exigences financières des terroristes salafistes estimant que rien n’a encore été décidé. Traditionnellement, les gouvernements européens, signataires d’une charte antiterroriste de l’UE, ont admis le principe de ne jamais négocier avec les terroristes. Mais ce genre de compromis a toujours été battu en brèche que ce soit dans l’affaires des otages français au Liban Sud, détenus par le Hezbollah, les otages allemands de Jolo, détenus par le commando Abou Sayyaf ou récemment lors de la libération avortée d’Ingrid Betancourt, détenue par les FARC colombiens: «les Allemands ont été depuis le début disposés à verser une rançon en contrepartie d’une libération. D’où la suspension des actions militaires en Algérie», indique une source au fait du dossier.

Cette question a d’ailleurs brouillé un moment, les contacts entre Allemands et Algériens du fait qu’Alger était partisan d’une intervention par la force après la réussite de l’opération d’Amguid (libération des 17 premiers otages) et que Berlin voulait trouver un contact pour négocier directement avec les ravisseurs. C’est au tour du Mali de se voir confronter à une négociation triangulaire. Bamako a reçu de la part du médiateur Targui, Iyad Ag Agaly, une cassette vidéo dans laquelle les ravisseurs réclament la rançon avec une certaine nervosité: «ont paru dans un premier temps énervés, puis ils ont, par la suite, affirmé réserver leur réponse. Mais je puis vous dire que le contact n’est pas du tout rompu», indique une source malienne à l’AFP. Selon les observateurs, le non-versement de la rançon demandée, la multiplication des médiations pourraient également être une des causes de la prolongation de la détention des touristes européens dans le désert saharien.

D’un autre côté, les ravisseurs ont également formulé au médiateur leur intention de rester au Mali après le dénouement de cette affaire et de s’installer durablement dans la région de Kidal, où ils ont transféré les 14 otages depuis 10 jours. Mais ce «souhait» des hommes de Belmokhtar, lui-même soupçonné de vivre dans cette région, utilisée comme zone de repli par rapport à l’Algérie, se heurte à l’hostilité des «jeunes autochtones» qui refusent cette demande. Cette situation risquerait de compromettre les négociations d’autant plus que les salafistes rejettent tout retour en Algérie, sous quelque forme que ce soit. En marge de ces médiations, un entretien publié dimanche par un journal dominical allemand, l’ex-mari de Michaela Spitzer, une Allemande décédée d’une insolation a estimé que les otages auraient déjà pu être libérés si les autorités allemandes avaient exercé davantage de pressions sur le gouvernement algérien: « les otages auraient pu être libérés depuis longtemps, mais les politiques ont laissé passer trop de chances ces derniers mois (...) Les négociateurs allemands ont apparemment trop souvent baissé les bras, au lieu d’exercer des pressions massives sur le gouvernement algérien au moment où le groupe se trouvait encore dans le Sahara algérien (...) Apparemment, c’était pour ne pas menacer les bonnes relations avec l’Algérie», a estimé Karl-Heinz Spitzer.

Ce n’est pas la première fois que les Allemands, notamment les médias, critiquent les autorités algériennes pour la manière dont a été menée l’affaire. Alors que les autorités algériennes demeurent silencieuses et promettent des révélations après le dénouement de la prise d’otages.

Mounir B.

 

 
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