LE GENERAL MAJOR GAÏD SALAH EN TUNISIE

Tunis veut en savoir plus sur les Tunisiens du GSPC

Le Quotidien d'Oran, 19 juillet 2005

Tunis veut-elle récupérer les dix terroristes qui ont tenté de rallier le GSPC? La visite en Tunisie du général major, Ahmed Gaïd Salah, chef d’état major de l’ANP, pourrait permettre aux militaires tunisiens d’en savoir davantage sur les réseaux islamistes tunisiens qui menacent le pouvoir de Ben Ali.

Le téléphone ne s’est pas arrêté de sonner entre Tunis et Annaba. Le consul de Tunisie dans l’antique Hippone a fait le pied de grue au siège de la wilaya de Annaba dans l’attente d’informations. Depuis l’arrestation de six terroristes tunisiens par les services de sécurité algériens dans le quartier de Saint Cloud, dans une villa sous-louée par un islamiste algérien, le gouvernement de Ben Ali est sur les dents. Trois mois après, le chef d’état major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah est à Tunis à l’invitation de son homologue El-Hadi M’henni, ministre tunisien de la Défense nationale, qui avait déjà séjourné en Algérie du 7 au 9 mars derniers. En avril a éclaté alors l’affaire des «Tunisiens» du GSPC. Le plus âgés ayant vingt-huit ans, entraînés et prêts à rejoindre les maquis de l’»émir» Abdelouadoud. Ces arrestations ont permis de retrouver la trace de quatre autres Tunisiens dans les monts de Meftah où ils avaient eu des contacts aussi bien avec un commando du GIA qu’avec le GSPC.

La découverte de bombes artisanales de forte puissance avaient accrédité la thèse que ces Tunisiens préparaient un attentat d’envergure pour frapper des intérêts occidentaux à Tunis ou dans d’autres stations balnéaires tunisiennes fréquentées par les touristes étrangers. Un scénario à la Djerba décuplé.

D’ailleurs, la mise en garde adressée par le département d’Etat américain à son ambassade en Tunisie, en mai dernier, est explicite sur le type de menaces qui planent sur Tunis. Les services tunisiens craignent que les dix islamistes tunisiens arrêtés en Algérie ne fassent partie d’un réseau régional de l’organisation irakienne d’Al-Qaida que dirige Abou Mossab Zarkaoui. Rien n’indique pourtant que ces dix Tunisiens aient effectué des stages d’entraînement en Irak et soient de retour en Tunisie.

Ce sont tous ces détails que vont examiner les militaires algériens et tunisiens qui avaient déjà développé une coopération intéressante dans le cadre de la traque des réseaux du GPSC, le long des frontières communes. Cette coopération qui avait débuté lors de l’affaire de Guemmar, lorsque les Tunisiens avaient permis aux forces spéciales algériennes d’aller chercher le groupe GIA de Djaffer Al-Afghani, au-delà des frontières tunisiennes en 1991, et s’est poursuivie lorsque le groupe d’Abderezak «Al-Para», a attaqué un poste-frontière tunisien provoquant la mort de deux soldats tunisiens, en mai 2000. Cette coopération s’est également enrichie dans le cadre OTAN puisque les deux armées ont eu à effectuer des exercices communs sous le parapluie américain. Alger est intéressée par les connexions «tunisiennes» du GSPC comme ce fut le cas avec l’affaire de Busto Arsizio, lorsque quatre «logisticiens» tunisiens, travaillant pour le compte des Salafistes du GSPC, ont été arrêtés, en 2002.

Reste à savoir dans quelle mesure, la Tunisie pourrait récupérer les dix terroristes arrêtés en Algérie dont les renseignements peuvent leur être précieux pour démanteler des réseaux en Tunisie qui semblent mieux organisées que peuvent le penser les services tunisiens? L’Algérie n’avait pas fait obstacle, en 2001, lorsqu’elle a expulsé vers Tunis Zaid Bachir, du Front islamique tunisien (FIT), qui avait tenté de rallier le GSPC à l’Est. Mais avec cette prise qui peut avoir des connexions internationales, notamment en Irak, rien n’indique que les Algériens soient disposés à livrer ces terroristes.

C’est probablement sur cette nuance que viendront se greffer les discussions militaires algéro-tunisiennes. Si les deux pays semblent disposés à muscler la surveillance aux frontières, avec des capteurs électroniques et des drones, comme cela peut être le cas prochainement avec le voisin marocain, pour mieux contrôler l’exfiltration terroriste des deux côtés de la frontière, ils doivent trouver un terrain d’entente pour que Tunis réagisse plus fermement sur le passage d’éléments douteux vers le sud-est algérien. L’affaire de la prise d’otages du GSPC avait donné à réfléchir sur la mobilité des groupes salafistes dans cette zone, adossés aux réseaux de contrebande.

A noter que le déplacement du général major Gaïd Salah fait suite à sa rencontre à Nouakchott avec ses homologues, le colonel El-Arbi Ould Sidi Ali de la Mauritanie, le colonel Saidou Traoré du Mali et le général de brigade Mamouni Bourema du Niger, sur la question de la lutte antiterroriste et le banditisme frontalier. Thèmes majeurs de la rencontre de Tunis.

Mounir B.

 
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