Enlèvement de deux touristes autrichiens en Tunisie

Agitation à Vienne, silence au Maghreb

El Watan, 12 mars 2008

Günther Platter, le ministre de l’Intérieur autrichien, a précisé, pour sa part, que l’Autriche n’a pas encore « reçu de revendication » de la part des ravisseurs.

A Alger, c’est silence radio. Pour l’heure, pas de réaction officielle à la nouvelle d’enlèvement, le 22 février, par le GSPC, dit Al Qaïda au Maghreb, de deux touristes autrichiens en Tunisie. Hier, le quotidien arabophone Annahar rapportait qu’Andrea Kloiber, un conseiller fiscal de 51 ans, et sa compagne, Andrea Kloiber, une infirmière de 44 ans, deux touristes de nationalité autrichienne ont été enlevés par un groupe islamiste armé affilié au GSPC placé sous le « commandement » de Yahia Abou Ammar, émir de la région sud d’Algérie. Citant des sources « concordantes » en Algérie, le même quotidien a indiqué que les ravisseurs des deux ressortissants autrichiens ont réussi à rejoindre le « Sahel, à travers l’Algérie et la Libye, et regagné leur base arrière au Mali ». Les ravisseurs et leurs otages avaient été auparavant signalés, selon Annahar, dans « la zone frontalière de Tébessa et Oued Souf, à l’est du pays, où l’armée tentait depuis quatre semaines de les localiser ». Une « vaste opération de traque » aurait été menée en vain par les militaires algériens, notamment à Oum Kmakem, pour retrouver les touristes autrichiens. Au ministère de la Défense, aucune information n’a filtré sur ces « opérations » et sur l’enlèvement lui-même. « Nous n’infirmons ni confirmons cette information », nous a répondu hier une source au ministère de la Défense. En ajoutant que cette affaire « sentait la manipulation ». La chaîne Al Jazeera a diffusé hier un enregistrement dans lequel Salah Abou Mohammad, le porte-parole des ravisseurs, a revendiqué le rapt, assurant par la même que les « deux voyageurs (étaient) en bonne santé » et que Al Qaïda au Maghreb islamique fera connaître prochainement ses « conditions pour leur libération ». A Salzbourg, en Autriche, les membres des familles des disparus ont tenu hier une conférence de presse pour rendre « publique » la prise d’otages. Obligeant le ministère autrichien des Affaires étrangères à s’exprimer. « Nous allons récupérer l’enregistrement vidéo de la revendication et vérifier quelle crédibilité on peut lui accorder », a déclaré le porte-parole du ministère (propos rapportés par l’agence AFP). Ce ministère avait annoncé le 6 mars qu’un homme de 51 ans et une femme d’une quarantaine d’années, originaires de Salzbourg, étaient portés disparus depuis la mi-février dans le sud de la Tunisie.

Drôles de précisions

Le couple a donné signe de vie pour la dernière fois mi-février depuis le village de Matmata (Sud tunisien), selon le ministère qui ne les a pas identifiés. Les deux touristes, circulant dans un 4x4 immatriculé en Autriche, ont téléphoné du village de Matmata à un spécialiste allemand du Sahara, Werner Nöther, et ils pourraient se trouver dans la zone frontalière avec l’Algérie, toujours selon le ministère autrichien. Günther Platter, le ministre de l’Intérieur autrichien, a précisé pour sa part que l’Autriche n’a pas encore « reçu de revendication » de la part des ravisseurs. A la confusion générale s’ajoute la réaction insidieuse des autorités tunisiennes. Tunis Afrique Press (TAP), citant une « source officielle » à Tunis, a rapporté à la fin de la journée d’hier quelques étranges « précisions ». Une dépêche de cette agence officielle indique : « Jusqu’ici, il n’existe aucun élément qui puisse confirmer la présence des deux ressortissants autrichiens sur le sol tunisien, ni qui permette d’affirmer qu’ils ont été enlevés à l’intérieur du territoire tunisien. » TAP avoue néanmoins que deux ressortissants autrichiens venant de Gênes (Italie) ont débarqué au port de la Goulette, à Tunis, le 10 février 2008, en vue d’une excursion en zone saharienne (…) et (qu’il semblait) qu’ils se soient éloignés en zone saharienne, au-delà de la frontière tunisienne, selon les dernières informations disponibles après le dernier contact téléphonique qu’ils ont eu avec un expert allemand en circuits sahariens. Al Qaïda Maghreb (AQMI), dans son communiqué revendiquant l’enlèvement, a expressément désigné sa cible : la Tunisie. Dans son « avertissement » aux touristes étrangers se rendant en Tunisie, l’AQMI traite l’Etat tunisien d’« apostat ». « L’Etat apostat en Tunisie est incapable de vous protéger car les mains des moudjahidine peuvent vous atteindre n’importe où dans ce pays », avertit le porte-parole des ravisseurs. Cet enlèvement, le deuxième du genre au Maghreb depuis 2003 (32 touristes avaient été enlevés au Sud algérien par le GSPC), se veut d’abord comme une preuve de force. Après le Maroc, la Mauritanie et maintenant la Tunisie, Al Qaïda Maghreb donne la mesure de ce que cette organisation terroriste est capable de faire au niveau régional : réussir un rapt de touristes dans un Etat réputé policier, la Tunisie, traverser sur des milliers de kilomètres deux pays, l’Algérie et la Libye, pour atteindre la région du Sahel.

Aziri M.

 
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Touristes enlevés dans le Sahara  
www.algeria-watch.org