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APRÈS LE SUICIDE SUSPECT DE DIDIER CONTANT
Blida
rendra hommage au journaliste disparu El Watan, 28
février 2004
Un hommage particulier
sera rendu, le 2 mars prochain à Blida,
au journaliste français Didier Contant, qui s’est suicidé il
y a deux semaines à Paris. Il venait de terminer une enquête
sur l’assassinat en 1996 des sept moines de Tibhirine, à Médéa,
qui désigne le GIA comme étant l’auteur de ce massacre.
Une thèse qui, semble-t-il, détruit totalement celle d’Abdelkader
Tigha, ce transfuge du Département de recherche et de sécurité (DRS),
actuellement détenu aux Pays-Bas (en attente de l’asile
politique), qui implique directement les services algériens et
français dans l’assassinat des religieux. Les proches et amis
de Didier Contant, en Algérie et en France,
ont tous été invités à l’hommage du
2 mars prochain, dont la cérémonie se veut être,
selon les organisateurs, « un moment de recueillement à la
mémoire d’un journaliste victime de sa quête de vérité ».
Le choix de la ville de Blida n’est pas fortuit. Didier y a consacré le
plus important du temps qu’a pris son enquête à la
recherche des témoins susceptibles d’avoir connu Abdelkader
Tigha lorsque celui-ci exerçait en tant qu’officier à l’antenne
du DRS dans cette région, mais aussi les membres de sa famille.
Il y est resté plus d’une dizaine de jours.
Une fois son enquête terminée, il rentre à Paris
et propose les résultats de ses investigations à la rédaction
de Figaro-Magazine qui avait publié son premier reportage sur
le sujet au mois de décembre 2003. Figaro-Magazine refuse de publier
cette deuxième partie, consacrée notamment au personnage
de Tigha. Contant a envoyé des messages électroniques à ses
amis d’Alger et de Blida pour les informer des pressions qu’il
subissait de la part d’un journaliste de Canal +, en l’occurrence
Jean-Baptiste Rivoire, et de l’avocat de la Fédération
internationale des droits de l’homme, Patrick Baudoin. Il fait état
de menaces, de campagnes de calomnie, d’un faux dossier confectionné par
la section d’Amnesty à Londres, le qualifiant d’agent
des services secrets algériens et français : autant d’accusations
qui ont poussé le journaliste à mettre fin à sa
vie en se jetant le soir du 15 au 16 février du 7e étage
de l’immeuble où réside une de ses amies.
Contacté, Me Baudoin a nié toutes les accusations portées
contre lui par le journaliste, affirmant néanmoins qu’il
avait eu une discussion avec le défunt après son retour
d’Algérie sur le sujet des moines. Du côté de
Jean-Baptiste Rivoire, il nous était impossible d’avoir
sa réaction en dépit des nombreux appels téléphoniques à sa
rédaction et du message enregistré par le répondeur
de son poste de travail le sollicitant pour une réponse.
Selon le journal Le Monde, qui a consacré dans son édition
du 25 février (dix jours après le suicide) un article sur
le sujet, Rivoire avait été informé de l’enquête
de Didier par le site Algeria Watch, ce qui l’a poussé à prendre
attache avec la rédaction de Figaro-Magazine. « Lundi 9
février, Paul Maureira, qui dirige le magazine Lundi Investigation
sur la chaîne cryptée, reçoit M. Rivoire et Didier
Contant, qu’il connaît. J’ai senti que ça se
passait mal entre eux, j’ai voulu aplanir le malentendu. J’ai
eu l’impression que Contant était un type aux abois »,
a confié Maureira…
«
Poussé au suicide… »
Serge Faubert, journaliste à Gamma et ami de Didier, a rapporté le
quotidien français, « se souvient d’un homme anormalement
apeuré, très inquiet du costard qu’on essaie de lui
faire enfiler, mais pas déprimé ». Il avait laissé le
jour même de son suicide, a ajouté Le Monde, à un
officier des renseignements généraux, le message suivant
: « Dis à tes collègues de venir me chercher, ils
m’attendent en bas. De toute façon je ne fais que des conneries… »
Autant d’indices qui montrent que le journaliste a bel et bien été poussé au
suicide pour enterrer, avec lui, la vérité qu’il
venait de découvrir sur l’affaire de Tibhirine. Celle-ci
menaçait même la thèse contenue dans le livre de
Jean- Baptiste Rivoire sur l’affaire de Tibhirine et qui devrait
sortir le 8 avril prochain. L’enquête que Didier avait réalisée
en Algérie, et remise à Pèlerin Magazine (le seul
journal ayant accepté de la publier), ainsi que toutes ses affaires
personnelles ont été confisquées par les services
de la police criminelle chargée de cette affaire. Une plainte
conte X a été déposée par l’ex-épouse
de Didier, mère de ses deux enfants, qui, elle aussi, est convaincue
que Didier a été poussé au suicide. Bon nombre de
ses amis en Algérie comptent appuyer cette plainte avec des preuves
que Didier a laissées chez eux au cas où sa vie serait
mise en danger.
Dès son retour en France, le journaliste savait que sa vie était
menacée ; il ne cessait donc d’alerter ses amis. En France,
les médias sont restés presque muets sur cette affaire.
Seul le journal France-Soir a donné l’information le lendemain
de la mort de Didier, alors que Le Monde n’y a consacré un
article que dix jours après, soit le 25 février. Reporters
sans frontières (RSF), cette ONG française qui défend
la liberté de la presse et les journalistes, n’a toujours
pas réagi en dépit de nos sollicitations insistantes. Il
semblerait qu’il y ait une chape de plomb sur la mort suspecte
de Didier Contant en France. Peut-on dire que les partisans du « qui
tue qui » sont aussi puissants au point de pousser un journaliste
au suicide ? Autant de questions qui restent pour l’instant sans
réponses.
Par Salima Tlemçani
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