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Affaire Mecili: le juge, le prénom et l'assassin Par Fabrice Arfi, Pierre Puchot Le 7 avril 1987, le crime, la politique et les barbouzeries se sont croisés boulevard Saint-Michel à Paris dans la soirée. Ce jour-là, aux alentours de 22h30, l'avocat franco-algérien André Ali Mecili a été abattu de trois balles de revolver dans le hall de son immeuble du cinquième arrondissement de Paris, où il vivait en exil depuis 1965. Avec cet assassinat politique, l'Algérie perdait l'un de ses plus actifs opposants au régime de Chadli Benjedid, le président de la République. Proche du leader historique du Front des forces socialistes (FFS), Hocine Aït Ahmed, et de l'ancien président algérien, Ahmed Ben Bella, Me Mecili est mort à l'âge de 47 ans, deux années après avoir fédéré, depuis Londres, plusieurs composantes de l'opposition algérienne. Vingt et un ans après ce crime sans procès aux airs d'affaire Ben Barka algérienne, une partie de la vérité semble aujourd'hui tenir à... un prénom, selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart, notamment celui de l'ex-espion algérien, Hicham Aboud. Le lendemain de son arrestation, M. Hassani, qui n'a aucune immunité diplomatique, est mis en examen pour «complicité d'assassinat» par une magistrate de permanence du tribunal correctionnel de Paris, le juge Thouvenot étant en congés. Il doit être entendu sur le fond du dossier non plus le 27 août, comme initialement prévu, mais dans la matinée du 1er septembre, selon Jean-Louis Pelletier, l'un des deux avocats de M.Hassani. Le parquet de Paris, très en retrait sur cette affaire, a déjà pris de son côté des réquisitions de non-lieu sur l'intégralité du dossier en juin dernier. Pour Mohamad-Khaled Lasbeur, le principal avocat de Mohamed Ziane Hassani, la justice a commis une bévue monumentale avec l'arrestation de son client. «Il ne s'appelle pas Hassani, mais Hasseni! Il n'a rien à voir avec le vrai Hassani qui se prénomme Rachid et qui n'est pas originaire de la même région... C'est comme si vous recherchiez un Paul Martin de Marseille et que vous arrêtiez un Philippe Martin de Limoges. La justice s'est tout simplement trompée de personne», assure à Mediapart l'avocat du diplomate, remis en liberté après sa mise en examen mais placé sous contrôle judiciaire. Celui-ci lui impose notamment de résider à Paris, de ne pas sortir de la région Ile-de-France et de pointer deux fois par semaine au Palais de justice de Paris. Un ancien des services secrets témoigne En 2003, son homologue, le colonel Mohammed Samraoui, auteur de Chronique des années de sang (Denoël) qui vit aujourd'hui sous protection en Allemagne, met en cause à son tour devant le juge Rachid Hassani. A aucun moment, le prénom de Mohamed Ziane n'est mentionné dans sa déposition, selon nos informations. M. Samraoui affirmait avoir été témoin de la remise de l'argent de l'assassinat – environ 120.000 euros – entre le capitaine Rachid Hassani et son exécutant, le proxénète des bas-quartiers Abdelmalek Amellou, qui serait aujourd'hui caché en Algérie. Mediapart a pu retrouver la trace à Paris de l'ex-agent de renseignement Hicham Aboud, 53 ans, reconverti dans la chronique sportive pour Dubaï TV. «Je doute très fortement de l'identité de l'homme arrêté à Marseille. Je ne suis pas sûr du tout que ce soit le même Hassani que je connais, qui est l'un des exécutants du crime et membre de la même tribu berbère que moi. Je serais ravi que ce soit le vrai, mais je ne le crois pas», déclare-t-il. «Une autre personne que moi connaît le visage du vrai Hassani, c'est Mohammed Samraoui, pour qui je n'ai aucune estime. Mais lui aussi devrait être interrogé à nouveau.» Mediapart a tenté d'entrer en contact avec M.Samraoui par mail, en vain. Place au jeu des hypothèses Autre possibilité, Mohamed Ziane Hassani (ou Hasseni, comme le jure son avocat) n'a rien à voir avec le Rachid Hassani mis en cause ouvertement par plusieurs personnes, anciens espions ou journalistes. La France aurait alors commis la semaine dernière une bavure judiciaire qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences diplomatiques. C'est très clairement le parti qu'ont pris certains journaux algériens réputés proches du pouvoir. Ainsi, dans un éditorial intitulé «L'Algérie humiliée», portant la signature de «Ahmed Abdelhadi, haut fonctionnaire», le quotidien Liberté ne décolérait pas au lendemain de l'arrestation: «L'on pensait que les relations bilatérales étaient enfin au beau fixe. Il n'en est rien. Bien au contraire, elles risquent de se détériorer durablement si le pouvoir français ne s'investit pas rapidement pour mettre un terme à une affaire instrumentalisée par des cercles français occultes, à propos de laquelle l'Etat algérien ne saurait rien concéder car il y va de son honneur et de celui des hauts commis qu'il a investis de sa confiance. En tout état de cause, il est manifeste que ces formes de pression mises au service d'intérêts occultes sont inadmissibles et que l'Algérie saura réserver à ces agissements la réaction qu'ils méritent.» En Nahar en rajoutait une couche. Pour le quotidien algérien, il s'agit d'«un précédent qui n'a pas son pareil dans les usages diplomatiques depuis l'indépendance. Dans un esprit de vendetta, l'ex-officier Samraoui manipule les autorités françaises et exprime sa vindicte de la façon la plus vile. Le diplomate algérien a été humilié. On l'a obligé à se déshabiller et a fait l'objet de toutes sortes de vexations». La rédaction de Sawt-El-Ahrar croit savoir de son côté que «Ziane Hasseni (avait) été traité de façon humiliante», sans donner plus de précisions. En Nahar écrit par ailleurs, sans révéler ses sources, qu'entre le diplomate algérien et «son homonyme, originaire des Aurès, l'écart serait de 10 ans». Sur ce point, précisons que la personne interpellée à Marseille est âgée de 54 ans et, selon Hicham Aboud, que Rachid Hassani serait âgé de «55-58 ans». La même tranche d'âge, donc. A l'opposé, le journal indépendant El Watan a donné la parole à Hocine Aït Ahmed, du Front des forces socialistes (FFS), la formation politique que défendait la victime: «Je suis heureux d'apprendre qu'enfin on mette fin d'une certaine manière à l'impunité. L'omerta des autorités algériennes et françaises était trop dure. » Le FFS s'est par ailleurs réjoui de cette arrestation et a salué «le courage et l'intégrité du juge». URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/200808/affaire- Liens: |
L'affaire Ali Mecili | ||||
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