DROITS DE LA DEFENSE

20 000 avocats en grève aujourd'hui

Le Soir d'Algérie, 10 juin 2007

Ils seront plus de 20 000 robes noires à observer aujourd’hui une grève nationale “pour dénoncer un plan qui vise la réduction des droits de la défense”. La décision prise le 29 mai dernier a été confirmée jeudi dernier à l’occasion d’une réunion du Conseil de l’union des barreaux. Selon le président de l’union, M. Abdelmadjid Sellini, “cette journée de protestation touchera l’ensemble des juridictions à l’échelle nationale, soit plus de 20 000 avocats suivront le mot d’ordre lancé par leurs représentants”.
Ce dimanche, ajoute M. Sellini, “tous les bâtonniers et membres du conseil seront présents au niveau du tribunal de Remchi pour apporter leur soutien à un avocat dans l’affaire qui l’oppose à un magistrat”. Pour rappel, lors d’une conférence de presse animée il y a de cela une quinzaine de jours, le président de l’Union nationale des barreaux d’Algérie (UNBA), Me Abdelmadjid Sellini, avait annoncé que cette action de protestation sera précédée du boycott des activités de la cour par le barreau d’Alger, y compris la session criminelle qui débutera le 9 juin. “Il y a un plan qui vise la réduction des droits de la défense”, a-t-il souligné, en pointant un doigt accusateur en direction d’un “groupe de personnes” au ministère de la Justice. Un groupe qui, de l’avis de Me Sellini, a remis en cause les accords conclus entre l’UNBA et la tutelle, relatifs à un projet de loi sur l’avocat, en imposant “un nouveau texte”. Pis, “la situation est grave”, selon lui, en matière des droits de la défense et des droits du citoyen. “La détérioration continue des conditions d’exercice de la profession enregistre le refus délibéré des organes concernés du ministère pour une prise en charge des préoccupations légitimes de la profession tendant à assurer la préservation et la sauvegarde des droits de la défense”, a souligné le bâtonnier qui insiste sur la formation des jeunes avocats qui reste essentielle, voire obligatoire, dans un souci de donner le maximum de références aux avocats et ce, à l’instar des magistrats qui bénéficient de stages et de formation continue dans le cadre des nouvelles mesures imposées par la réforme de la justice. Le président de l’Union nationale des barreaux d’Algérie a saisi cette opportunité pour plaider “le retour aux pratiques universelles de la défense”, tout en lançant un appel aux hautes autorités de l’Etat, les invitant à “mettre fin à la déviation et aux dépassements auxquelles font face aujourd’hui les robes noires. Nous tirons la sonnette d’alarme et nous disons également basta. Que chaque partie joue son rôle dans l’intérêt du justiciable et que la justice n’est pas synonyme de statistiques”. Cependant, le problème du statut des avocats a constitué l’un des éléments phare de la conférence car les chances de voir ce texte diminuent de plus en plus. Faut-il rappeler que le projet de loi de 2001 avait provoqué un tollé général au sein de la corporation qui l’a considéré comme un code pénal-bis pour ce qu’il dispose comme contraintes et ingérences dans les affaires de la corporation, puisqu’il mettait les robes noires sous la tutelle du procureur général. Cela dit, M. Sellini a rappelé les démarches effectuées par son syndicat auprès des autorités compétentes, depuis 4 ou 5 années, en vue d’améliorer les conditions de travail de la défense et contribuer à l’évènement d’un Etat de droit. Il a aussi fait part du “dernier appel” lancé au ministère de la Justice, en février dernier, et qui était accompagné d’une plateforme de revendications du conseil de l’UNBA. Pourtant, la situation n’a pas connu de changements positifs, a admis l’intervenant. Ce dernier a même laissé entendre que “le droit est aujourd’hui piétiné” et que le “terrorisme judiciaire” menace la corporation des avocats. “Celui qui dit qu’il y a indépendance de la justice en Algérie ne dit pas la vérité au peuple algérien”, a conclu l’avocat Sellini.
Abder Bettache
youcefabder@hotmail.com

 
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