Malgré la hausse de la facture alimentaire

Le gouvernement tient aux subventions des prix

El Watan, 20 mai 2012

L’intégration des filières agricoles est depuis quelques années au centre des préoccupations.

L’inauguration officielle, hier, du 12e Sipsa Agrofood et la signature d’un accord entre le Forum des chefs d’entreprises et la fondation Filaha Innov devaient célébrer le rapprochement entre le monde de l’agriculture et celui de l’industrie agroalimentaire. Pourtant, le cérémonial a vite fait de basculer dans un vif échange entre le président du FCE et le ministre de l’Agriculture et du Développement rural autour de la pertinence de la politique de subvention des prix des produits de large consommation adoptée par le gouvernement. Le patron des patrons a réaffirmé, au cours de son intervention, ses doutes quant aux résultats d’un système de subventions généralisé, profitant aussi bien aux ménages à bas revenus qu’aux transformateurs.

Réda Hamiani met à l’index une politique qui, au final, ouvre la voie à des détournements et profite aux réseaux de contrebande. Il a ainsi déclaré que «ce n’est pas l’Algérien qui profite de ce prix, puisque notre lait est acheminé vers les pays voisins, alors que la poudre subventionnée est utilisée dans la production des produits dérivés». Une situation qui favorise aussi, selon M. Hamiani, l’accélération des importations, faisant ainsi référence à l’augmentation continue des volumes de céréales acheminées vers l’Algérie à partir du port français de Rouen, ainsi que la facture alimentaire qui se situe actuellement à plus de 10 milliards de dollars. Le président du FCE estime à ce titre que malgré toutes les avancées réalisées dans le secteur de l’agriculture par rapport aux aides consenties aux agriculteurs et au statut de la terre, la dépendance chronique aux marchés extérieurs constitue une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire.

Il a d’ailleurs suggéré de trouver des mécanismes pour que ce soutien aille vers les ménages à faible revenu. Un avis auquel le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa, a vite fait de nuancer en avançant que si la progression de la facture alimentaire inquiète, elle ne constitue que 30% des disponibilités alimentaires sur le marché algérien, les 70% étant assurés par les produits du terroir et les producteurs locaux. Il n’a pas dérogé à l’avis prédominant au sein du gouvernement concernant les subventions aux prix des produits de première nécessité, estimant que c’est un choix politique. La suppression des subventions n’est donc pas pour l’heure à l’ordre du jour.

Une option qui ne peut en aucun cas être envisagée par le gouvernement qui fait face actuellement à une ébullition du front social. Pourtant le ministre de l’Agriculture propose des pistes de réflexion globale alternative pour le secteur. Il a indiqué que la problématique des subventions doit évoluer dans le bon sens et orienter le débat vers la création et l’organisation de filières agricoles durables à même d’assurer des solutions pérennes à l’approvisionnement du marché. Une politique de soutien à l’agriculture orientée vers les producteurs doit ainsi s’articuler autour de la mise en place d’outils de financement adéquats, de produits d’assurance multirisque mais aussi autour de l’intégration de la filière entre l’amont agricole et l’aval industriel. Et sur ce point précis, les deux hommes trouvent un terrain d’entente, pour ce qui est de la nécessité pour les entreprises agroalimentaires de s’orienter vers des fournisseurs locaux, que ce soit de tomate, de céréales ou de lait.

Des objectifs qui sont, certes, ambitieux mais qui restent confrontés à des problèmes de gouvernance globale et d’ouverture excessive du marché national aux produits importés. Une situation qui mine la compétitivité des filières agricoles fortement dépendantes aux intrants importés, que ce soit les semences, les souches, l’aliment de bétail ou les produits d’hygiène et vétérinaires.

Roumadi Melissa

 
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Dégradation de la situation sociale  
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