PRIX DU PAIN

Le bras de fer continue

Le Soir d'Algérie, 4 décembre 2017

La «baguette à 15 DA» a soulevé une grande polémique à travers le pays, donnant naissance à un certain nombre d’interrogations restées jusque-là sans réponses.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Genèse de l’affaire : tout commence au début du mois de novembre lorsque les représentants des boulangers remettent sur le tapis une vieille revendication. Ils réclament l’augmentation du prix du pain. Ces derniers exigent que le prix de vente du pain soit fixé à 15 DA au lieu de 10 DA.
Tout en informant l’opinion et les pouvoirs publics de cette revendication, le président de l’Association des commerçants révèle lors d’une conférence de presse (le 4 novembre) que le prix initial, fixé par l’Etat, est de 8,5 DA.
Dans son intervention publique, il s’en tient alors à une simple annonce des faits. L’exigence est déjà vieille de plusieurs mois. Des boulangers auprès desquels nous nous sommes rapprochés hier évoquent tous «le coût de la farine, l’augmentation du prix de l’électricité…»
Chercher réponse auprès de ces derniers ne s’avère cependant pas chose aisée aujourd’hui. Selon un jeune employé dans une boulangerie de Sidi M’hamed, des équipes de contrôle sont susceptibles de passer à n’importe quel moment en ce dimanche.
Les commerçants refusent de polémiquer, mais une majorité de celles que nous avons visitées ont déjà pris la décision d’appliquer une «décision» qui émane, selon eux, de leur syndicat. «Il y a eu comme un mot d’ordre venu d’on ne sait où, dit l’un des boulangers rencontrés. Cela fait un moment que nous espérons que cette affaire se règle, on attendait le feu vert des autorités, mais il n’est jamais venu. Beaucoup ont décidé d’appliquer le nouveau tarif d’eux-mêmes. Personnellement, cela fait plusieurs mois que je vends mon pain à 15 DA.»
Des échos parvenant de nombreuses wilayas du pays font état de la même situation. Le pain a augmenté à Bouira, Tizi-Ouzou, Khenchela et dans bien d’autres régions encore. Dans certaines localités, les citoyens ont appris la nouvelle par des affiches collées devant les devantures des boulangeries. «La vie est devenue très chère en Algérie, tous les produits ont augmenté, le coût de revient de la baguette est bien supérieur au prix de vente. Il est devenu impossible de continuer à fonctionner sur les bases qui prévalaient auparavant», s’indigne un autre boulanger. Il a décidé lui aussi d’appliquer la nouvelle tarification.
A la question de savoir si sa décision était basée sur une instruction du syndicat des boulangers, il répond : «Tout le monde l’a déjà fait, pourquoi pas moi ? J’ai du mal à payer mes employés, n’allez pas croire que nos recettes sont si importantes que cela. D’ailleurs, la plupart des boulangers n’emploient plus de main-d’œuvre extérieure. La dureté de la vie a transformé ce commerce en affaire de famille. On emploie les enfants, les frères, les cousins avec lesquels on peut s’entendre.»
Comme tous les commerçants concernés par cette affaire interrogés hier, il se plaint de «l’indifférence des pouvoirs publics dans ce dossier». Le citoyen est ainsi mis devant le fait accompli. Coup de force des boulangers ? Les associations de protection des consommateurs ont, en tout état de cause, désapprouvé publiquement cette augmentation «prise sans l’aval des pouvoirs publics». Un appel au boycott des boulangeries a été lancé en attendant que les équipes de contrôle accomplissent leur travail. Ces dernières devaient être dépêchées sur le terrain durant la journée d’hier.
Le ministère du Commerce a, de son côté, qualifié cette hausse de 50% d’illégale. Selon lui, les préoccupations des boulangers sont actuellement «étudiées au niveau du gouvernement. Un appel au respect du prix initial a été lancé et les contrevenants à cette loi menacés de lourdes sanctions et se soumettent au risque de fermeture de leur local».
Sur le terrain, le contenu de l’appel lancé à de nombreuses reprises sur les ondes des radios nationales ne semble pas avoir été appliqué. Dans de nombreuses localités d’Alger, le pain était encore vendu à 15 DA. Entre les autorités publiques et les boulangers, un bras de fer est en cours.
A. C.

 
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