Ouverture de la session de printemps du Parlement

Les députés protestent à l’intérieur de l’hémicycle

El Watan, 3 mars 2015

Les partis de l’opposition poursuivent leur protestation contre le gaz de schiste à l’intérieur de l’hémicycle Zighout Youcef.

Hier à l’ouverture de la session de printemps des deux Chambres parlementaires, l’APN et le Sénat, les députés de l’Alliance de l’Algérie verte auxquels se sont joints les élus de l’Union démocratique et sociale, un parti non encore agréé et dirigé par Karim Tabbou, ont manifesté à l’intérieur de l’hémicycle Zirout Youcef contre l’exploitation de ce gaz non conventionnel, mais aussi contre la violente répression des services de sécurité de la manifestation pacifique des habitants d’In Salah.

Profitant de la présence, à l’Assemblée, de l’équipe gouvernementale, à sa tête Abdelmalek Sellal, les députés de l’opposition ont décidé de marquer de leur empreinte cette séance inaugurale. Avant l’arrivée des membres du gouvernement, les députés se sont regroupés dans le hall de l’APN, brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : «Non à la répression des manifestations pacifiques», «Non à l’exploitation du gaz de schiste», «La souveraineté nationale a des lignes rouges». Arrivés sur place, M. Sellal et son équipe ont ignoré ce mouvement de contestation. Le chef de l’Exécutif, mal à l’aise, a non seulement évité la presse, mais aussi les députés qui ont voulu s’entretenir avec lui. Il a fait preuve d’une indifférence totale à leur égard.

Ce qui n’a pas été du goût des députés qui ont lancé : «Un peu de respect à l’égard du député, M. Sellal !» Essayant de rectifier le tir et dans un geste amical, M. Sellal a tendu la main au député avant d’accéder à l’hémicycle. Les élus de l’opposition ont alors décidé d’aller jusqu’au bout de leur action.

Ils sont rentrés dans la salle, non pas pour assister aux travaux d’ouverture de la session mais plutôt pour exhiber leurs pancartes devant les ministres et l’ensemble des députés. Ils ont fait le tour de la salle et quitté les lieux, pour poursuivre la protestation dans le hall, en brandissant des banderoles exprimant leur rejet du projet en question et menaçant de constituer un pôle d’opposition au sein de l’APN pour tenter de faire barrage à tout nouveau projet de loi en relation avec l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

«Pour maintenir la pression sur le pouvoir, nous allons essayer de nous organiser afin de créer un bloc d’opposition à l’intérieur de l’APN. Notre travail au sein de cette nouvelle instance se fera en coordination avec la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique», explique Naamane, député du MSP. C’est en signe de solidarité avec les populations du Sud algérien, qui depuis le 31 décembre 2014 manifestent pour le gel du projet de l’exploitation du gaz de schiste en Algérie, que s’inscrit l’action des députés de l’opposition qui ont boycotté l’ouverture de cette session de printemps.
Nabila Amir



Le FFS boycotte l’ouverture de la session

El Watan, 3 mars 2015

Le groupe parlementaire du FFS a manifesté sa colère, hier, contre la répression des manifestations contre le gaz de schiste à In Salah. Dans un communiqué adressé à notre rédaction, signé par son chef, Chafaâ Bouaïche, le groupe parlementaire du FFS a affirmé avoir exprimé sa colère en boycottant l’ouverture des travaux de la session de printemps de l’APN qui s’est déroulée à l’orée de ces événements qu’il qualifie de «douloureux».

Salue la mobilisation pacifique des habitants de cette région du pays, le groupe dénonce «avec vigueur la politique de répression menée par les autorités à leur égard». Il prévient quant aux risques d’une nouvelle escalade de violences socioéconomiques, notamment à cause d’un déficit de dialogue.

«L’absence de cadres réels et effectifs de débat ouvrira la porte aux dérapages qui mèneraient inéluctablement au pourrissement de la situation et menaceraient la stabilité et la cohésion nationales», alerte le groupe parlementaire du plus vieux parti de l’opposition, déplorant dans le même contexte «l’absence de débats, au niveau de l’APN, et ce depuis son installation, sur les questions d’intérêt national, conformément à ses missions constitutionnelles».

Le groupe parlementaire du FFS exhorte l’APN à user des textes organiques pour exiger des explications du gouvernement, mais aussi l’ouverture d’un débat sur l’exploitation du gaz de schiste. Il cite dans ce sillage l’article 65 de la loi organique fixant l’organisation et le fonctionnement de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation. Le groupe parlementaire du FFS considère que toutes les questions liées à l’avenir du pays nécessitent un débat qui aboutira à un consensus national.

Le FFS avait appelé à l’ouverture d’un débat large sur l’énergie en général et le gaz de schiste en particulier, pour arriver à une décision consensuelle qui contenterait tout le monde. Mohamed Nebbou avait affirmé, en février dernier, que les défis de l’avenir énergétique du pays sont l’affaire de l’ensemble des Algériens.

«Ces questions d’intérêt stratégique, liées à la préservation de nos ressources, doivent faire l’objet d’un consensus national et d’un devoir de vérité envers notre peuple», avait-il martelé. A rappeler que le FFS avait voté contre la nouvelle loi sur l’énergie qui consacre l’exploitation du gaz de schiste, adoptée par l’APN en 2013.

Mokrane Ait Ouarabi

 


 

OUVERTURE DE LA SESSION PARLEMENTAIRE

Le gaz de schiste vole la vedette

Comme attendu, l’ouverture, hier lundi, de la session printanière du Parlement, a été empreinte du bras de fer autour de l’option de l’exploitation des huiles de schiste au sud du pays.

M. Kebci - Alger (Le Soir), Le Soir d'Algérie, 3 mars 2015

Avec, d’une part, les députés de l’Alliance de l’Algérie verte (AAV), du Front pour la justice et le développement (FJD) et de l’Union démocratique et sociale (UDS) en attente d’agrément, qui ont volé la vedette en observant, dans le hall de l’hémicycle parlementaire, un sit-in à l’effet d’exprimer leur refus de l'exploration du gaz de schiste dans le sud du pays. Entre autres des slogans portés sur des pancartes et scandés par les protestataires, «non à la répression des manifestations pacifiques», «non à l’exploitation du gaz de schiste», «l’unité nationale, ligne rouge». Ceci avant qu’ils ne rejoignent la plénière et en ressortent après avoir écouté l’hymne national.
Pour leur part, les députés du FFS ont également boycotté l’ouverture de ces travaux, dénonçant avec vigueur la politique de répression menée par les autorités à l’égard des populations de In Salah.
Un sujet d’une actualité brûlante que le président de l’APN n’a pas oublié d’évoquer. Dans une allocution lue en son nom par un des vice-présidents de l’APN, Larbi Ould-Khelifa relèvera la «nécessité» d’exploiter cette ressource non conventionnelle qui constitue «une richesse nationale» avec ce que cela suppose, selon lui, comme «préservation» et de «la santé» de la population et de «l'environnement». Il plaidera pour la mise sur pied d’un «observatoire spécialisé qui aura pour mission le suivi et le contrôle des opérations de prospection et d'exploitation», qui sera, poursuivra Ould-Khelifa, «une garantie, voire un gage de confiance».
Cet «impératif» d’exploitation des huiles de schiste, le président du Sénat ira plus loin que Ould-Khelifa en empruntant tout simplement l’argument au président de la République dans sa missive à la centrale syndicale le 24 février dernier. «Les ressources naturelles, toutes les ressources naturelles sont un don de Dieu, il n’y a aucune raison aujourd’hui quant à leur inexploitation et il n’est pas du droit de quiconque de s’exprimer comme bon lui semble. Même si personne n’a été interdit de l’exercice de ce droit», tonnera Abdelakder Bensalah.
Et d’estimer que la direction politique du pays est «consciente» de cette réalité et le gouvernement sait comment exploiter les ressources naturelles à l’effet de booster la cadence du développement nécessaire à la prospérité du peuple algérien».
Par ailleurs, et si le président de l'APN se contentera de mettre en évidence «l'intense» activité politique dans un climat de sécurité et de stabilité «qui a permis à tous les partis agréés ou ceux attendant de l'être, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, d'exprimer leurs points de vue et de défendre leurs approches en toute liberté, son collègue du Sénat s’en prendra encore une fois vertement à l’opposition.
«L’histoire dévoilera la réalité de ceux qui ont opté en cette période bien précise, pour semer la zizanie, l’anarchie et le désespoir en doutant des réalisations et en faisant la promotion de visions alarmistes et des choix loin de la réalité politique, économique et sociale vécue», dira-t-il.
Pour Bensalah, il y a «gravité» en ce sens que ces parties s’entêtent à entraîner le pays vers des dangers en optant pour la rue comme théâtre de démonstrations politiques. Des démonstrations qui, fort heureusement, ajoutera-t-il, «se sont heurtées comme par le passé à la conscience des citoyens qui leur ont tourné le dos, eux qui ont deviné les arrière-pensées des slogans».
C’est à peine si Bensalah «concédera» aux détenteurs des avis contraires, le libre exercice de leur droit à l’expression de leurs opinions et leurs avis à condition, selon Bensalah, que «cela soit dans le cadre de la loi».
M. K.

 

 
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Non au gaz de schiste  
www.algeria-watch.org