Une étude ANIMA sur les flux d’investissement le montre

L’Algérie, une destination « mitigée » des IDE en Méditerranée

El Watan, 4 juin 2007

L’Algérie attire beaucoup moins d’investissements étrangers qu’elle ne le pourrait. Une étude publiée en mai drnier montre que la destination MEDA(1) des capitaux étrangers ne profite pas plus à l’Algérie qu’à la moyenne des autres pays. Au contraire.

L’Algérie reste en 2006 une destination moyenne des flux d’investissement dans la zone est et sud Méditerranée. C’est ce qui ressort du rapport publié en mai 2007 par Anima, le réseau méditerranéen des agences de promotion des investissements dans la région MEDA(2). Le rapport endossé par l’AFII (Agence française des investissements internationaux) présente plusieurs garanties de crédibilité. Il efface notamment les effets d’annonce des investissements, dont on connaît les lendemains creux en Algérie, en ne comptabilisant que leur mise en œuvre. Ce sont les décaissements, par transfert de capitaux, qui sont pris en compte par année. La première conclusion du rapport est une bonne nouvelle. La zone Meda attire bien plus de capitaux en 2006 qu’en 2000, souvent année de référence dans les courbes d’évolution. Les flux d’investissement directs étrangers (IDE) sont passés, selon la CNUCED citée dans le rapport, de près de 10 milliards de dollars US en 2000 à un peu plus de 40 milliards de dollars en 2006. Une croissance un peu plus rapide que la moyenne mondiale qui permet de sortir du 1% des IDE globaux attirés dans une région où vivent 4% de la population de la planète. La seconde nouvelle est moins bonne. L’Algérie ne profite que moyennement de cet essor des IDE dans la zone MEDA. Elle demeure classée à l’indice IDE de la CNUCED comme un « mauvais élève » au sens où les flux rentrants sont inférieurs aux potentialités du pays. L’atout de l’étude Anima est de proposer une période de quatre années 2003-2006 qui permet pour la première fois de manière sérieuse de fixer des amorces de tendances, au-delà des variations drastiques des performances d’attractivité des capitaux étrangers par un pays d’une année à l’autre. 44% des IDE ont été captés par le couple Turquie Israël. L’Algérie se situe en 5e position derrière l’Egypte, le Maroc et devant la Tunisie et la Jordanie. Elle perdrait encore trois rangs si l’on devait ne comptabiliser que les investissements hors énergie.

Le Golfe supplante l’Europe comme 1er investisseur

L’étude Anima confirme ou révèle une série d’évolutions essentielle à la compréhension des enjeux de développement dans la région. La première est la part croissante des IDE dans les revenus extérieurs des pays est et sud Méditerranée. L’Algérie qui a connu une explosion de ses revenus énergétiques n’arrive pas à lire cette évolution. Les transferts de la diaspora ont doublé depuis 1995, les recettes du tourisme ont triplé. Mais les IDE progressent encore plus vite et deviennent en 2006 – plus près de 50 que de 40 milliards de dollars - la première ressource extérieure de la région. L’enjeu de leur attractivité devient essentiel. La seconde conclusion du rapport est que la région est entrée dans une phase d’entrée net de capitaux. Les sorties de capitaux restent cependant « importantes ». Environ 8 milliards de dollars pour le seul Maghreb central et 1,5 milliard de dollars pour la seule Tunisie en une année à cause d’une montée en maturité d’anciens investissements étrangers qui rapatrient de plus en plus de dividendes. Le rapport relève une montée en puissance des mégaprojets. « Le portefeuille des investissement annoncés en 2006 inclut 54 mégaprojets supérieurs à 500 millions d’euros. Il y en a 30 en 2005. La course à la taille s’accélère encore…. ». Le rapport l’attribue à l’arrivée de « très gros opérateurs » dans la région. De même le portefeuille d’investissement connaît une progression des projets dits majeurs de 100 millions à 500 millions d’euros, 117 projets en 2006 contre 75 en 2005. Mais la plus spectaculaire des évolutions est enregistrée ailleurs. En 2006, les pays du Golfe supplantent l’Europe comme premier investisseur dans la région MEDA. En effet la valeur des projets financés par des capitaux arabes du Golfe représentait 36% du montant global investit dans la région contre 25% provenant de l’Europe. « Une surprise » expliquée par le gonflement rapide des pétrodollars et l’émergence de besoins nouveaux dans l’immobilier, les services et le tourisme, autant de secteurs d’investissements « traditionnels » au Machrek et au Maghreb destination première des capitaux du Golfe. Les quatre grandes routes de l’investissement étrangers dans la région se dessinent donc ainsi sur la période 2003-2006 : Amérique du Nord vers Turquie-Israël 24,2 milliards de dollars, Golfe vers Machrek 23,6 milliards de dollars, Europe vers autres pays Meda 21,3 milliards de dollars, Europe vers Maghreb 18,9 milliards de dollars. La géographie et les anciennes alliances politiques pèsent sur ces prédominances. Toutefois deux flux croisés d’investissements émergents soulignent l’ouverture de l’espace euroméditerranéen : le flux d’investissement Europe vers le Machrek (9,3 milliards d’euros) et le flux Golfe vers le Maghreb avec 9 milliards d’euros sur la période considérée. Les pays de la zone MEDA investissent encore trop peu les uns chez les autres : 5,4 milliards d’euros sur 4 ans décomposés en 2,4 vers le Machrek et 2 milliards d’euros vers le Maghreb. L’Algérie obéit à toutes les grandes tendances dégagées dans cette étude. Les orientations d’investissements dénotent une faiblesse de l’investissement industriel. C’est particulièrement vrai en Algérie. Les projets d’investissements en production (création, acquisition, délocalisation) représentent 38% du montant des engagements dans la région MEDA. Ce pourcentage n’est pas estimé pour l’Algérie. Il est incontestablement plus faible. Les IDE en région MEDA en 2006 sont dominés par cinq branches d’activité : les banques-assurances, le BTP, le tourisme, les télécoms, l’énergie. C’est le cas en Algérie. A cette différence près que l’énergie y attire plus de capitaux que la moyenne de la région dans l’énergie (9,6% en 2006) et beaucoup moins dans les logiciels et les services informatiques, la filière de prédilection des IDE en Israël. L’Algérie n’arrive pas par contre à se placer dans le lot de tête pour l’attraction des mégaprojets. Son nom ne figure pas dans le palmarès des 26 projets d’investissements étrangers les plus importants (supérieurs à 1 milliard de dollars) dans la région annoncés en 2006. On retrouve six fois l’Egypte dans ce palmarès, quatre fois la Turquie, quatre fois la Tunisie, quatre fois Israël, quatre fois le Maroc, deux fois la Syrie et une fois la Jordanie. En dépit de ses déclarations d’intention l’Algérie ne figure pas non plus encore en 2006 dans les 16 plus grosses opérations dans le secteur des banques et des assurances dans la région MEDA. La privatisation en cours du CPA aurait pu lui permettre d’entrer dans ce palmarès si elle avait été entamée au premier semestre 2007 comme prévu. Sur les 13 projets immobiliers qui font le palmarès des plus grands investissements dans ce secteur l’Algérie figure à la 13e place grâce à un investissement… italien : Orano Project Management, le consortium de 33 PME italiennes qui s’engage dans un complexe immobilier touristique et culturel de grande envergure à Oran. L’Algérie a encore donc du mal à capter de gros investissements étrangers qui sont souvent le fait de gros opérateurs, pilotés par leurs banques et leurs réseaux d’affaires. Elle se rattrape sur le nombre de projets lorsqu’on passe à l’échelle des PME et des moyens opérateurs. 279 projets d’investissements étrangers y ont été comptabilisés en quatre années loin derrière les 450 au Maroc, mais autant qu’en Turquie ou en Egypte et plus qu’en Israël et en Tunisie. L’Algérie est sans doute le pays qui a devant lui la plus forte marge de progression dans l’attraction des IDE dans toute la région MEDA. Un indice le montre : c’est le pays qui enregistre la demande la plus forte d’ouverture de représentation bancaire. Une anticipation claire sur un flux d’affaires à l’international qui va s’amplifier dans le mouvement des capitaux. A quel rythme ? C’est déjà une autre affaire.

- (1) MEDA comporte les 10 pays partenaires de l’UE dans le projet Euromed : Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine, Syrie Tunisie, Turquie.
- (2) Certaines statistiques comptent un MEDA à 13 en ajoutant la Libye, Chypre et Malte.

El Kadi Ihsane

 
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