En dépit de 531 milliards de dollars dépensés entre 2000 et 2017

L’Algérie dans les filets de la crise financière

Liberté, 11 septembre 2017

La manne injectée principalement dans la réalisation des infrastructures n’a pas permis de construire une économie moins dépendante des prix des hydrocarbures.

Le plan d’action du gouvernement Ouyahia énumère les réalisations durant la période 2000-2017. Pour seulement les quatre dernières années, l’Algérie enregistre des progrès significatifs dans le développement humain. Le texte cite la livraison de près d’un million de logements, l’augmentation de la population scolaire de 700 000 élèves supplémentaires, la réception de 26 hôpitaux et de 89 polycliniques, le raccordement de près de 900 000 foyers au gaz et d’un nombre équivalent à l’électricité.
Le document note qu’en près de deux décennies le pays a enregistré d’importants progrès en matière d’infrastructures de base : 37 nouveaux barrages, plus de 22 000 kilomètres de nouveaux réseaux routiers,1 100 kilomètres de liaisons autoroutières et près de 3 400 kilomètres de rocades et voies express, 2 200 kilomètres de voies ferrées nouvelles…
Le texte cite également le triplement de la population estudiantine passée de 500 000 à 2 000 à plus de 1,6 million d’étudiants, le doublement du nombre des établissements de l’enseignement supérieur au nombre de 106 aujourd’hui, le passage de l’effectif des enseignants universitaires de 18 000 en 2000 à près de 70 000 en 2017. Le taux de raccordement de la population à l’eau est de 98%, celui au réseau d’assainissement atteint 91%. L’État au titre des programmes de soutien à la relance économique de 2001 à 2009, du programme quinquennal de développement 2010-2014 et des budgets de 2015, 2016 et 2017, a réalisé 101 hôpitaux, 1 235 polycliniques, 3,5 millions de logements, 27 maisons de culture, 44 stades omnisports et 605 complexes sportifs de proximité, 3,9 millions de foyers raccordés au gaz, 5,3 millions raccordés à l’électricité, 3 300 kilomètres de rocades et voies express.
Tous ces chiffres semblent vouloir montrer que le bilan du chef de l’État depuis son investiture reste positif. Pour preuve, les avancées précitées entre autres en matière de développement humain. On aura dépensé 531 milliards de dollars durant cette période pour parvenir à ces résultats. Mais ce qu’occulte ce satisfecit, c’est qu’en dépit de cette importante manne investie, l’Algérie est aujourd’hui gravement affectée par la crise financière faute d’avoir construit, grâce à cette manne, une industrie hors hydrocarbures, une économie plus intégrée moins dépendante de l’étranger. Résultat des courses : la facture importations atteint près de 60 milliards de dollars (chiffre cité dans le plan d’action), pour des exportations de l’ordre d’environ 30 milliards de dollars, à l’origine de l’important déficit de la balance des paiements. Dans ses importations globales, la facture importations de services dépasse les 10 milliards de dollars. Ce qui dénote la forte dépendance à l’égard de l’étranger, pour les études, l’ingénierie, voire dans la réalisation. Ainsi, peu de progrès ont été effectués durant toute cette période pour renforcer les capacités d’études, d’ingénierie et les moyens de réalisation nationaux en vue de réduire les énormes transferts de devises à l’étranger au titre de ces activités.
Comme à l’accoutumée, on est beaucoup plus dans une approche quantitative que qualitative. On a réalisé certes 78 stades omnisports et 648 complexes sportifs de proximité, mais sans pouvoir disposer aujourd’hui d’un nouveau stade de football gazonné, une nouvelle piscine olympique ou une nouvelle salle omnisports digne de ce nom. Pour la première infrastructure, le Maroc est plus avancé que l’Algérie.
Autre exemple : la réalisation de l’autoroute Est-Ouest sur 1 100 kilomètres s’est, en outre, effectuée avec d’énormes surcoûts et un énorme retard. Aujourd’hui, plus de dix ans après le lancement des travaux, cette voie n’est pas achevée dans sa partie la reliant à la wilaya d’El-Tarf, soit environ 70 kilomètres. Selon un spécialiste, les surcoûts représentent au total 20% des montants investis dans les infrastructures durant cette période. Une partie de l’argent devant être injectée dans ces infrastructures a été dépensée dans les surcoûts ou au titre de la corruption, avancent plusieurs experts. Un gaspillage d’argent qui, s’il avait été évité, aurait pu servir à construire une économie solide et donc à préserver l’Algérie de la crise financière actuelle.

K. Remouche

 
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