Austérité et hausse des prix

Quand la régulation fait défaut

El Watan, 8 janvier 2017

La hausse désormais en vigueur de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui grève la majorité des biens et services, risque de générer de fortes poussées inflationnistes, faute de mécanismes de contrôle et de régulation efficients.

L’effet d’une telle mesure fiscale sur la tendance générale des prix est déjà nettement ressenti, bien avant sa mise en application officielle à travers la loi de finances 2017, qui n’est en vigueur que depuis dimanche dernier.

Pourtant, la taxe en question n’augmente que de deux points de pourcentage et ne touche pas les prix des produits de large consommation que l’Etat continue à soutenir, malgré sa nouvelle politique de rigueur budgétaire. D’où vient donc la spectaculaire inflation des prix observée sur le marché domestique depuis déjà quelques semaines ? Ni le département du Commerce, ni la Banque d’Algérie (BA), ni même le fisc ne semblent en mesure d’apporter une réponse acceptable, se contentant de justifier, chacun, sa non-implication quant à la formation peu orthodoxe des prix.

Intervenant récemment lors d’une rencontre sur les dispositions de la nouvelle loi de finances, le directeur de la législation et de la réglementation à la Direction générale des impôts (DGI), Mustapha Zikara, s’est ainsi contenté de promettre une communication plus soutenue et plus large sur les prix des produits de consommation et leur hausse induite notamment par le relèvement de la TVA, afin d’éviter, dit-il, les augmentations aléatoires de la part des commerçants. «Les augmentations de certains produits et marchandises sont injustifiables», a-t-il martelé, en signifiant que la DGI «publiera toutes les modifications, même légères, survenues réellement sur les prix de certains produits afin d’en informer le citoyen».

Dans l’ensemble, rappelle le même responsable, les produits concernés par l’augmentation des prix du fait de la hausse de la TVA ne devraient augmenter que de 2% tout au plus. Mais faute de mécanismes de contrôle efficaces, ce niveau de hausse lié à la TVA est déjà multiplié par deux, voire davantage, par des commerçants, grossistes et autres, qui en répercutent l’effet tout en en profitant pour doubler inconsidérément leurs marges. Et alors que l’obligation d’affichage et de publication des prix, dont parle le responsable de la DGI, est censée avoir force de loi, le ministère du Commerce, à qui échoit la mission d’y veiller, s’en décharge autant que les autres institutions, souvent au prétexte, parfois justifié, d’un manque de moyens et de personnel.

Quoi qu’il en soit, l’absence quasi totale d’instruments de régulation efficients fait que le commun des consommateurs se retrouve totalement livré au diktat des «spéculateurs» et que la moindre pénurie ou infime hausse officielle de prix donnent immédiatement lieu à une flambée, à la fois déraisonnable et généralisée, des produits de consommation. Un constat, que la Banque d’Algérie n’a cessé de mettre si clairement en évidence dans ses derniers rapports de conjoncture, bien qu’à son tour, elle n’hésite pas à escamoter la part de l’inflation pouvant être d’origine monétaire ou naître tout simplement de la dépréciation du dinar.

A tous les coups, au-delà des simples effets de la crise et de l’austérité qui en découlent, le pouvoir d’achat des ménages — du moins dans le contexte actuel — est avant tout pénalisé par la formation opaque et abusive de prix domestiques, nourrie, comme le souligne souvent la BA, par les dysfonctionnements du marché, le recours abusif au cash et les défaillances évidentes de régulation.
Akli Rezouali

 
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