Chute brutale du prix de la pomme de terre sur les marchés de gros en Algérie

Aïssa Bouziane, Maghreb Emergent, 20 Mai 2012

Le prix de la pomme de terre a connu une baisse sensible dans les marchés de gros du centre du pays en fin de semaine, avant une légère reprise amorcée samedi. Le résultat a été immédiat pour les autres produits agricoles frais, qui ont à leur tour subi une forte baisse. Certains se sont même écroulés.

La pomme de terre n’est pas seulement un produit capricieux en Algérie. Elle est aussi un régulateur du marché. Depuis qu’elle s’est installée comme produit alimentaire de base des Algériens, après les céréales, elle est devenue l’un des principaux indicateurs de l’évolution du marché des produits alimentaires. Elle a l’a encore prouvé la fin de ma semaine dernière, quand la chute du prix de la pomme de terre sur les marchés de gros a entrainé un écroulement du prix de l’ensemble des légumes frais, à l’exception de la tomate.

Au marché de gros de Chlef, la pomme de terre a chuté, pour atteindre les vingt dinars le kilo en fin de semaine, avant un léger rebond à partir de samedi. Il y a un mois et demi, elle était vendue quatre fois plus cher sur le même marché de gros de Chlef, ainsi que sur les marchés de Bougara, Boufarik et Atatba, qui approvisionnent Alger et Blida, dans le centre du pays. Les autres marchés, notamment ceux de l’est, s’alignent en général sur ceux du centre.

Cette baisse des prix a provoqué un écroulement pour d’autres produits, comme les artichauts et les petits pois, en fin de saison. Les petits pois frais étaient accessibles jusqu’à vingt dinars le kilo en fin de semaine, alors que les artichauts, de qualité moyenne, descendaient encore plus bas. Les autres produits ont également plongé : courgette et salade se négociaient autour de quinze dinars le kilo au marché de gros, contre dix à quinze dinars pour les oignons, et trente dinars pour les aubergines et quarante pour les poivrons. Certains produits, comme les choux fleurs, trouvaient difficilement preneur. Au détail, dans les marchés populaires, il faut ajouter une marge de cinq à quinze dinars, selon les produits.

Un commerçant rappelle que la baisse du prix de la pomme de terre intervient au moment où la production de saison commence à arriver sur le marché, ce qui provoque traditionnellement un effondrement des cours. De la mi-mai à fin juin, arrive en effet sur le marché la production des grandes wilayas traditionnellement productrices, comme Aïn-Defla, Chlef et Mascara. C’est le moment précisément que choisissent les propriétaires de chambres froides pour acheter de grandes quantités, à bas prix, pour la mettre sur le marché à la rentrée.

La baisse des prix de la fin de semaine n’a cependant pas convaincu les commerçants. Les prix ont touché le fond pendant deux jours seulement, avant de repartir à la hausse. En cause, les aléas climatiques, et une incertitude sur la production. « Il suffirait d’un peu de pluie, pendant deux jours, pour créer une pénurie et voir de nouveau les prix repartir à la hausse », affirme un commerçant.

Embellie passagère

Le marché reste ainsi très capricieux. Personne, en fait, ne peut s’engager sur une évolution avec certitude. Un fellah estime ainsi que la baisse actuelle risque d’être éphémère car, selon lui, la production de pomme de terre connaitra une baisse cette année. « Quand les propriétaires de chambres froides, publics et privés, commenceront à accumuler les stocks pour assurer la soudure d’octobre, l’offre va se réduire, et maintenir les prix à un niveau relativement élevé », dit-il.

De plus, dit-il, la situation risque de s’aggraver car le prix de la tomate, autre produit de substitution, reste très élevé. Il est au-dessus de cent dinars depuis plus d’un mois, ce qui ne s’était jamais vu auparavant, indique un mandataire des Eucalyptus, près d’Alger.

La production de tomate, cultivée sous serres, a été fortement ébranlée par les fortes chutes de neige de février, qui ont détruit les serres et les plants, dans les régions montagneuses. Dans la région de Souk Lethnine, à la lisière des wilayas de Aïn-Defla et Tipaza, qui approvisionne une partie du centre et de l’ouest du pays, la neige avait détruit des centaines de serres, et endommagé les récoltes. Les fellahs ont été contraints de tout reprendre à zéro, ce qui explique la faible disponibilité de la tomate sur le marché à l’heure actuelle. La tomate de saison, quant à elle, n’arrivera sur le marché qu’à partir de la mi-juin.

 
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