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Youcef Zirem

La Vie est un grand mensonge

 

 

 

La Vie est un grand mensonge
roman de Youcef Zirem
éditions Zirem 116 pages,
prix: 260 DA
date de parution: septembre 2005
disponible dans certaines librairies d'Alger, de Béjaia, de Sidi Aich, d'Akbou et de Tizi Ouzou

 

Extrait

Les fleurs parfumées de l’œillet parsèment les nuits de Farid. Un rêve étrange. Toujours le même, chaque soir. Un rêve qui l’éloigne considérablement de son quotidien morose. Un rêve pour lequel il donnerait même sa vie pour qu’il se réalise un jour. Un jeune homme, un civil, un collier d’œillets autour du cour, est élu président de la République, il y a seulement un bout de temps. Il se débrouille fort bien et il a beaucoup de punch. Pourtant, au second tour des élections présidentielles, il n’avait battu son adversaire, de trois ans son aîné, que de quelques milliers de voix. Le choix fut difficile. Le souvenir des précédentes présidentielles, peu heureuses, est ainsi effacé. Depuis que les vieux responsables politiques et militaires ont été mis à la retraite, le pays a retrouvé la paix et la santé. Les barons de ce que l’on appelait le système ont été jugés et ont écopé de sanctions qu’ils ont amplement méritées. Auparavant, plus dure que cela a été l’élection d’une assemblée constituante, laquelle a laborieusement doté la République de lois claires et incontournables. Ainsi, la séparation du religieux et du politique a été clairement prononcée. A un certain moment, quelques illuminés essayèrent de parler d’Etat islamique mais leur discours fut rejeté par la population. Il est bien loin le temps où ils récupéraient aisément le mécontentement populaire. Désormais, ce ne sont plus les mêmes qui sont au pouvoir et, pour une fois depuis l’indépendance, les gouvernants sont véritablement légitimes. La crise de logement n’est plus aussi aiguë. Les milliers de logements inoccupés d’Alger sont maintenant habités. La même opération a été réalisée dans les autres villes du pays. L’argent transféré dans les banques suisses par les anciens dirigeants est aujourd’hui propriété du peuple. Les femmes sont heureuses et libérées ; le code de la famille n’est plus qu’un lointain mauvais souvenir. Le secteur du bâtiment carbure à pleine vitesse, de nombreux jeunes y sont récemment employés. L’impôt sur la fortune est opérationnel et participe à l’instauration d’une allocation chômage raisonnable. Les travailleurs de la terre et du domaine touristique voient s’ouvrir devant eux de nouvelles perspectives. L’or noir se vend bien et la compagnie pétrolière nationale a triplé sa production après avoir doublé ses effectifs. A plusieurs niveaux, une grande partie des gestionnaires ont été remplacés par ceux qui n’ont jamais trempé dans des combines douteuses. Les entrepreneurs privés sont encouragés et la bureaucratie est combattue d’une manière intransigeante. Les syndicats sont libres et ne sont pas dirigés par ceux qui ont fait leurs classes au sein du parti unique. Même la presse est incommensurablement libre et déjà plusieurs quotidiens ont augmenté leur tirage. Des publications nouvelles et de niveau sont sur les étals des buralistes et dialoguent réellement avec la population. Il est vrai aussi que leurs journalistes n’ont rien à voir avec la triste école du Tout va bien. Les Droits de l’homme sont scrupuleusement respectés et la torture, qui jadis avait fait ravage, est définitivement bannie. La justice est indépendante et ce n’est pas un vain slogan. Le pays est rempli de couleurs chatoyantes, le rire est revenu et la joie de vivre retrouve ses habitudes d’autrefois. A l’université, l’intelligence refait progressivement surface. Les sciences et la technologie y sont enseignées en français et en anglais, ce qui ne diminue en rien le mérite des deux langues nationales que sont l’arabe et le berbère. Le régionalisme a tendance à s’effriter vu que la médiocrité et la cleptocratie ne règnent pas. Les trabendistes ( trafiquants en argot algérien) en tous genre sont mal vus. La culture reprend ses droits, les maisons d’édition ne chôment pas, leur activité est encouragée. En un laps de temps, ceux qui étaient privés de parole parce qu’ils n’avaient pas un nom ou parce qu’ils pensaient différemment sont publiés. C’est alors un foisonnement de créations éblouissantes. Beaucoup d’exilés sont revenus. Ceux qui étaient convaincus que rien ne changerait, un jour, au pays de leurs ancêtres, perçoivent la situation d’une autre manière et ont confiance en la jeune équipe dirigeante nouvellement élue. Ils ont décidé de ne plus repartir à l’étranger. « Le pays a besoin de toutes ses filles et tous ses fils », avait dit le jeune président de la République dans son premier discours. Son appel a eu des échos favorables. « C’est un rêve magique mais apparemment impossible et c’est terrible »‚ se dit à lui-même Farid.

 
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